Colère des Français : le 17 novembre 2018 cristallise autant d’angoisses que d’humiliations

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Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Les opinions exprimées ci-dessous sont uniquement celles de l'auteur et ne sont en aucune façon celles de Le Politique. Pour la liberté d'expression, vous êtes invités à contribuer au Débat.

Certes la hausse vertigineuse et insoutenable des taxes sur les carburants – essence et diesel – motive en grande partie le mécontentement que des citoyens appellent, de plus en plus nombreux, à exprimer à l’occasion d’un « blocage national » le 17 novembre 2018 mais l’explication d’un tel mouvement populaire à l’ampleur – au moins numérique – déjà record n’est pas unique.

Les causes sont en effet multiples et transcendent les lignes partisanes de la droite à la gauche, et c’est notamment pourquoi il est absolument erroné de réduire cet appel à une manifestation « d’extrême droite ». Les données sont claires et la cellule communication d’Emmanuel Macron à l’Elysée ne peut aucunement les ignorer puisqu’elles sont publiques et librement accessibles via les réseaux sociaux.

Parmi les Français mécontents, on compte de très nombreux gens « de gauche » qui rappellent « l’austérité ultra-libérale » (1) de Bruxelles – l’Union européenne (UE) – et le « déni de démocratie » relatif à l’ignorance du « non » au referendum sur la constitution européenne en 2005. S’affichent aussi ceux qui protestent contre « le président des riches » et dont la preuve serait « la richesse toujours plus grande des patrons du CAC 40 et des grandes fortunes ».

A gauche comme à droite, la précarité grandissante de la « France d’en bas », la misère croissante dans les zones rurales et le chômage endémique motivent une grande partie des citoyens mécontents.

A droite, le refus répété d’Emmanuel Macron d’entendre la voix de la majorité – là aussi transpartisane mais exprimée de façon plus directe à droite de l’opinion publique – sur l’immigration « massive », sur l’islamisme, sur la perte de souveraineté nationale, sur l’euro « au bénéfice de l’Allemagne » génère une protestation qui redouble d’intensité avec l’incompréhension scandalisée face au refus présumé du chef de l’Etat de célébrer la victoire militaire de 1918.

Du point de vue général, la cristallisation de la colère et la convergence des mécontentements ne consistent pas seulement en une addition de sujets spécifiques mais en une masse potentiellement incontrôlable de faits, de politiques ou d’échecs vécus comme autant d’humiliations, de déclins et d’angoisses.

Un peu comme le 11 septembre a produit quinze ans plus tard Donald Trump président, le pouvoir politique sous-estime grandement l’impact psychologique gigantesque des attentats islamistes de 2015 et 2016 – puis tous ceux, plus sporadiques, qui suivent – sur une majorité de Français qui se sentent désormais en grand danger, constatant que l’Etat s’avèrerait tout à fait impuissant à contenir le développement de l’islamisme et donc le démantèlement total du « mode de vie » à la française, voire tout bonnement de la France.

Quoiqu’on pense de cette hypothèse, elle nourrit in concreto, elle catalyse une angoisse nationale propulsée par une insécurité culturelle quasi-ontologique, prémisse possible d’un mouvement de plus grande ampleur ; ce qu’Emmanuel Macron définit – à tort – comme du « nationalisme ».

Ces millions de Français qui limitent – pour l’instant ? – l’expression de leur mécontentement à leur voix ne supportent en fait plus tous ces drames, tout ce déclin qu’ils vivent comme une véritable humiliation de leur Histoire, de leur identité, de ce qui fait d’eux des Français.

La dimension identitaire – qu’on y adhère ou pas, et pas seulement à droite – participe largement de cette réaction à l’humiliation et l’Histoire a montré combien un peuple humilié tant de fois, dans un silence contraint, peut brutalement se réveiller. Ne pas le comprendre après tout ce que les Français ont eu à subir ces dernières années relève d’une erreur analytique fondamentale voire d’un déni volontaire de la réalité.

Il est temps de comprendre, il est urgent d’écouter.

La colère des Français traverse toute l’opinion publique, est d’essence réellement citoyenne et résulte de causes multiples qui forment un amas gigantesque et potentiellement volatil. L’ignorer serait un pari politique hautement risqué et il serait totalement inconvenant de s’en tenir ensuite à la simpliste et fuyante rhétorique du « moi ou le populisme ».

L’humiliation, voilà ce que les Français de tous bords – Mélenchonistes, Fillonistes, Sarkozystes, Marinistes, Dupont-Aignantistes, etc… – ne supportent plus. La véritable réponse démocratique est d’enfin les écouter, d’enfin prendre les mesures qu’ils souhaitent, d’enfin présider pour tous les Français.

Lire aussi Colère des Français : vers un blocage total du pays le 17 novembre 2018 ?

Lire aussi La colère des Français augmente dangereusement, du jamais-vu depuis 1789 ?

Notes

(1) Les mots entre guillemets sont des citations de propos citoyens lus sur les réseaux sociaux.

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Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

7 pensées sur “Colère des Français : le 17 novembre 2018 cristallise autant d’angoisses que d’humiliations

  • 28 octobre 2018 à 15 h 01 min
    Permalink

    c est un article tres pertinent. J adhere tres largement a cette analyse.
    Il faut le faite parvenir d urgence ou le faire connaitre au locataire de l’ elysee.

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  • 29 octobre 2018 à 7 h 50 min
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    Ce macron est le pire president qu’on ait jamais eu.

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  • 29 octobre 2018 à 10 h 19 min
    Permalink

    L’homme contemporain est prompt à s’indigner contre les taxes sur l’essence, les péages urbains, le prix de l’autoroute, la limitation des vitesses à 80 à l’heure, la multiplication des radars, la réduction des parkings et le prix de son heure, l’étroitesse et le mauvais état de la chaussée, ses virages prononcés et son encombrement par les piétons et les cyclistes, les tracteurs et les camions poubelles.

    Il suffit d’une tôle froissée sur son véhicule, d’un retrait de point sur son permis, d’un piéton surgissant sans crier gare sur sa route, d’un feu trop rouge et d’une trop verte réprimande de la part du cycliste auquel il vient de causer la frayeur de sa vie pour qu’il crie au scandale d’état.

    Et le voilà bientôt vomissant sa colère sur l’internette avec tous les fachos de France, menaçant de bloquer le pays, brandissant sa liberté de circuler en voiture comme le plus fondamental des droits, avant même celui de vivre dans un environnement sain, justement délivré de son vice de circulation motorisée qui fait de la vie quotidienne un enfer permanent, de l’aménagement du territoire une catastrophe sanitaire, sociale et géographique épouvantable et de ses fournisseurs de carburant, de bagnoles, de réseaux routiers et d’assurance des milliardaires fort contents qu’il s’en prenne au législateur plutôt qu’à eux-même.

    L’homme contemporain est assurément affligé d’une grande bêtise – ou bien alors d’un masochisme à toute épreuve de ne pas voir ce qui se passe: qu’il sorte un peu de sa boîte à roulettes, qu’il reste un peu chez lui au lieu de participer à la mobilité sacrée. C’est à cause de lui que les services publics se concentrent et désertent les campagnes, à cause de sa passion pour la bagnole, de sa collaboration éhontée au système automobile que les industries polluent la terre entière et se moquent éperdument des marches pour le climat auquel il participe une heure par an quand il découvre l’usage de ses jambes.

    Vraiment, cet homme contemporain, majoritairement automobiliste ne vaut pas la peine qu’on le plaigne de ses déboires de collabo.

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    • 17 novembre 2018 à 13 h 43 min
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      Bonjour,
      A mon avis, il ne s’agit pas de le plaindre… mais de lui faire prendre conscience.
      Encore faut-il pouvoir discuter …mais la réponse du lecteur suivant n’est guère encourageante.
      Si son insulte reflète son intelligence, nous sommes dans le pétrin. Vraiment !
      La politique menait par le gouvernement est plus qu’inquiétante, et j’hésitais bien à rejoindre le mouvement de contestation.
      Mais si c’est pour me retrouver, dans la rue, avec ce genre d’individus grossiers, je m’abstiens.
      La révolution qu’ils sont capables de mettre en place serait violente, et je suis persuadé que nous, le peuple serait perdant.
      (Ainsi, je pourrais même le remercier de m’avoir aidé à décider ; je reste au chaud, avec mes lectures).
      Finalement, ce n’est pas la justesse de vos propos*, mais le ton que je modérerai.
      Bien à Vous, Phil
      *Pour certains, il faudrait les simplifier pour avoir l’espoir de les toucher.

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  • 5 novembre 2018 à 19 h 21 min
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    oui macron le pire de tous !! jeune oui mais surtout con!!!

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  • 5 novembre 2018 à 19 h 29 min
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    Macron n’ai pas pour fait pour gouverner il et faut ,menteur, en vert le peuple Français !

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