Qu’est-ce que Lallab et pourquoi cela suscite le débat ?

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De Céline Pina à Benoit Hamon, force est de constater que l’association Lallab déchaîne les passions. Le Politique a noté ce matin que l’ancien premier ministre Manuel Valls (1) s’était aussi fendu d’un commentaire au sujet de cette association et a donc décidé de s’informer avec l’idée non pas d’alimenter quelque controverse mais simplement d’en savoir plus à partir des sources ouvertes disponibles et d’exprimer un message d’unité plutôt que de division.

Economiquement libéral et politiquement « de droite, » Le Politique écrit les mots qui suivent sans a priori. Lallab se définit (2) comme un « magazine en ligne et une association dont le but est de faire entendre les voix des femmes musulmanes qui sont au cœur d’oppressions racistes et sexistes. » Ces quelques mots, dans le contexte qui est celui de la France actuellement, semblent à première lecture plutôt maladroits et donc susceptibles de susciter quelque malaise dans notre vieil Etat-nation européen en pleine crise d’insécurité culturelle et d’insécurité tout court.

D’abord en parlant de « femmes musulmanes », Lallab paraît s’inscrire dans une démarche communautaire dont il faudrait un jour réaliser que la France Républicaine s’est construite en complète opposition à une telle conception, considérant que la République ne reconnaît aucune communauté. Ensuite parler « d’oppressions racistes et sexistes » pourrait indiquer qu’elles en seraient toutes victimes comme si c’était une généralité largement observée en France où s’active Lallab. Pourtant, en comparaison du monde entier, la France est-elle encore l’un des pays les plus libres au monde et où les Femmes, quelle que soit leur confession ou leur origine, sont défendues et où la volonté de lutter contre le sexisme et toute discrimination est réelle.

Certes, tout n’y est pas rose (a) et bien des défis demeurent pour que la Femme soit dans les faits et pas seulement dans la Loi l’égale de l’Homme. Cependant ne faut-il pas ignorer qu’au fond et depuis longtemps, la France – et les Français – sont généralement en pointe dans le combat légitime contre les discriminations, le racisme et le sexisme. Partir d’un a priori négatif concernant la France ne peut donc qu’attirer force critique de ses citoyens lorsque l’on constate combien d’autres pays sont forts loin d’en être à son degré de Liberté et ne sont pourtant guère critiqués.

La pierre angulaire de la controverse autour de Lallab découle donc peut-être de sa présentation comme association « areligieuse et aconfessionnelle » dans une tribune (3) publiée par le quotidien Libération alors que la phrase citée plus haut affirme le contraire ; par conséquent seule une clarification sur ce point pourrait déjà réduire le feu qui roule sur les réseaux sociaux. Aussi, un peu de réalisme est parfois bienvenue et faut-il encore rappeler que la France est un pays ancien, de culture latine et de fondation judéo-chrétienne, dès lors ne faut-il guère s’étonner que l’expansion d’une culture différente en son sein puisse générer quelque vive réaction surtout lorsqu’elle s’exprime aussi ouvertement et dans un contexte de tension augmentée.

Il ne s’agit pas d’exclure qui que ce soit mais de ramener un peu de bon sens dans l’expression de revendications qui sans juger de leur légitimité sont vécues par une majorité de Français comme une sensible modification de leur environnement national, culturel et historique. Par conséquent, lorsque l’on s’attache à défendre des convictions faut-il aussi avoir la sagesse de comprendre et de respecter les racines qui fondent l’environnement dans lequel on déploie une activité militante à vocation communautaire, plus encore dans un pays qui – le premier – a lutté si durement pour séparer le spirituel du temporel et fondé sa principale révolution politique sur ce principe.

Si Lallab veut être entendue dans le contexte séculaire de la France, elle devrait plutôt abandonner sa vocation communautaire et s’adresser à toutes et à tous, en effet les Hommes peuvent aussi – et prennent part – à la lutte contre le sexisme. Là encore le réalisme plutôt que le dogmatisme permet de réaliser qu’une majorité probable des Hommes Français souhaitent plus que tout vivre dans une société libre en parfaite égalité avec les Femmes. Exclure donc l’Homme du combat pour la Femme est une erreur analytique de fond qui modifie profondément le combat légitime contre le sexisme et le dévie de son objectif nodal.

Dès lors, Lallab comme d’autres associations revendiquées féministes doivent associer les Hommes à leur combat car ils sont souvent bien plus d’accords avec de tels objectifs qu’on ne le pense. Aconfessionelle, acommunautaire et sans aucune distinction de sexe, une association à vocation féministe – aussi excluant demeure le qualificatif – aurait bien plus de chance de réussite et motiverait bien plus de soutien que de controverse. Femme, Homme ; blanc, noir, jaune, vert, orange ; Catholique, Orthodoxe, Juif, Musulman, quiconque souhaite lutter contre le sexisme doit pouvoir y participer.

Toute démarche exclusive plutôt qu’inclusive, différenciatrice plutôt que rassembleuse ne peut que susciter plus de disparité que d’unité. C’est là tout l’enjeu de notre société qui oblige artificiellement au classement des individus en fonction de critères que l’on croyait pourtant dépassés dans ce pays pourtant si moderne, si ouvert et si avant-gardiste qu’est la France, n’en déplaise à ceux qui n’y voient que ce qui ne leur plaît pas. La France est une chance, encore faut-il savoir la saisir. Inclure plutôt qu’exclure, Français avant tout et au-dessus de tout.

Annotations

(a) Puisque demandé sur Twitter, “tout n’est pas rose” veut dire “tout n’est pas parfait” ou peut-on même citer Les Inconnus qui chantaient dans les années 1990 “la banlieue, c’est pas rose, la banlieue, c’est morose”. Autre source avec le site de conjugaisons de L’Obs.

(1) Tweet de Manuel Valls le 23 août 2017

(2) Présentation de l’association Lallab (Lallab.org, 23 août 2017)

(3) Stop au cyberharcèlement islamophobe contre l’association Lallab (Libération, 23 août 2017)

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