« Soft Power », l’opportunité d’un réalisme à la française

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La France aurait le plus important « pouvoir de convaincre. » Dans son ouvrage Bound to lead publié en 1990, le théoricien néolibéral américain des relations internationales Joseph Nye a développé la notion de « soft power » comme usage de l’influence culturelle et économique d’un pays pour persuader d’autres pays d’agir sans recourir à la force ou à la coercition.

En d’autres termes, la poursuite de la guerre – dans tous ses domaines dont l’économie – par d’autres moyens. L’élection du président de centre-gauche Emmanuel Macron aurait propulsé la France du cinquième au premier rang mondial dudit Soft Power 30, détrônant ainsi les Etats-Unis de Donald Trump relégués à la troisième place après le Royaume-Uni.

Disposant d’atouts historiques rares tels une culture à vocation universelle et le second plus important réseau diplomatique mondial, la France serait donc actuellement la nation la plus influente. Même si cette annonce peut être contestée tant les résultats se distinguent de seulement quelques centièmes – la France a obtenu un score de 75,75 contre le Royaume-Uni à 75,72 – il y a matière à s’en réjouir si Emmanuel Macron réussit à en saisir toute l’opportunité.

En effet, souvent critiqué comme un classement de « bobos ultralibéraux » ou « de la bien-pensance mondialiste », il confirme toutefois le potentiel de la France dont la vision par des tiers extérieurs est souvent moins pessimiste que celle de ses propres citoyens. Certes est-il souvent aisé d’idéaliser la France quand on la connait peu mais reconnaissons aussi que les Français ont une forte tendance à croire l’herbe plus verte ailleurs sans réaliser combien « ailleurs » est variable et comporte souvent bien des écueils dont la plupart des Français ne se préoccupent pas.

C’est au niveau international que ce retour de la France au sommet de l’influence constitue une belle occasion à saisir. Considérant les défis immenses qu’affronte le monde développé, Emmanuel Macron doit non pas suivre de façon mimétique la politique souvent dénoncée comme « bienpensante » de la chancelière allemande Angela Merkel mais rappeler avec franchise l’Europe et l’ensemble du monde au réalisme.

La résurgence de ce dernier est indispensable si l’Europe souhaite survivre en tant que culture et espace de paix et de progrès. Il n’est pas question d’exclure tout humanisme mais de profiter de cette influence accrue pour exprimer au monde le message clair et légitime selon lequel la menace terroriste et la crise migratoire paroxystique constituent de véritables bombes à retardement pour la paix en Europe et pour le développement en Afrique.

Il n’est pas question de supprimer toute générosité mais de ramener le monde au principe de réalité selon lequel l’Europe ne peut pas supporter seule le fardeau de continents entiers plongés dans la crise politique, démographique ou économique. Si Emmanuel Macron semble plutôt suivre jusqu’à maintenant les pas d’Angela Merkel, l’influence actuelle de la France est pour lui l’occasion rêvée de s’émanciper de la vision germano-centrée de l’Europe et, sans rien concéder de ses idées progressistes, d’adopter une posture plus réaliste en matière de sécurité internationale, de sécurité nationale et d’immigration.

Entre Donald Trump et Angela Merkel, la France peut donc ouvrir une troisième voie à savoir celle d’un réalisme équilibré entre devoir d’accueil du véritable réfugié de guerre, femmes et enfants pour motif humanitaire et refus de la migration masculine à motif principalement économique. Sans retour au réalisme, l’Europe mettrait gravement son existence en péril et la France peut – et doit – profiter de son influence croissante pour réveiller les élites bruxelloises et berlinoises déconnectées du réel.

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