En matière militaire, ne sous-estimons ni l’ennemi ni l’avenir

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Contributeur
Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Les opinions exprimées ci-dessous sont uniquement celles de l'auteur et ne sont en aucune façon celles de Le Politique. Pour la liberté d'expression, vous êtes invités à contribuer au Débat.

La polémique persiste suite à la démission du général Pierre de Villiers de son poste de Chef d’état-major des Armées dans le cadre d’un désaccord budgétaire – et aussi de fond semble-t-il – avec le nouveau président de la République Emmanuel Macron.

Rappelons en liens et sans commentaire la critique contreproductive du porte-parole du gouvernement et secrétaire d’Etat chargé des relations avec le parlement Christophe Castaner et la visite, en uniforme de l’Armée de l’air, du civil constitutionnellement Chef des Armées Emmanuel Macron à la base d’Istres.

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Dans ce contexte de communication avancée au point de produire probablement l’effet inverse à celui recherché, le journaliste Yvan Stefanovich a expliqué sur BFM-TV que « l’armée dispose de moyens astronomiques pour faire la guerre à des gens en sandales. » Une telle affirmation n’est vraie qu’en apparence considérant que la réalité du terrain – et du contexte tactique général – donne une lecture sensiblement différente du rapport de forces.

Si M. Stefanovich a raison lorsqu’il émet l’idée que certains budgets pourraient potentiellement être plus efficaces s’ils étaient concentrés sur des tâches plus immédiatement utiles, il a tort sur deux points fondamentaux.

D’abord, les « gens en sandales » sont ceux-là mêmes qui ont mené la France – récente première puissance en « soft power », cinquième puissance économique, troisième puissance nucléaire militaire du monde – à instaurer l’Etat d’urgence et à vivre dans la crainte d’un énième attentat au coût humain significatif et aussi – on l’oublie trop souvent – au coût socio-politique exorbitant.

Ce sont les mêmes « gens en sandales » qui, d’un point très général alors que bien des distinctions existent, tiennent encore la moitié de l’Afghanistan, ont profondément déstabilisé la zone syro-irakienne et accentuent aujourd’hui la pression dans la si vaste bande sahélienne.

Ce sont ces mêmes « gens en sandales » qui ont réussi à déjouer la surveillance de nos services de renseignement, pourtant si engagés, à contester profondément notre unité nationale en semant l’angoisse mortifère d’un affrontement communautaire élargi et même à obliger la Mairie de Paris à installer bientôt un mur pare-balles autour de la Tour Eiffel.

Pour des « gens en sandales » équivalents à une « mouche » qu’il s’agirait simplement d’écraser, on peut en déduire que les sandales sont des armes fort dangereuses. Dès lors, ne sous-estimons surtout pas cet ennemi dont la force – et notre faiblesse – réside dans le caractère typiquement asymétrique du combat qu’il nous livre, à tous points de vue.

Quant aux forces militaires conventionnelles françaises, elles ont déjà été réduites au plus strict minimum et il est fort à parier que sans une dissuasion nucléaire à double composante navale et aérienne, la France perdrait une part majeure de sa crédibilité stratégique et diplomatique.

Considérant la disponibilité des effectifs, humains comme matériels, et l’âge avancé tant des infrastructures que des véhicules, la France ne semble guère en mesure de mener demain une guerre conventionnelle contre un ennemi puissant.

Semblent suffire dans le contexte actuel l’addition d’une force nucléaire moderne, de forces spéciales de très haute qualité et de services de renseignement très sollicités, mais personne ne connaît de quoi demain sera fait, surtout dans un contexte international de réarmement général.

Des capacités militaires crédibles et des soldats de tous grades expérimentés requièrent des décennies de travail et chaque coupe budgétaire entame notre capacité nationale à disposer demain des hommes et des femmes qui pourraient dissuader, et vaincre si nécessaire, un ennemi de tous types – conventionnel inclus.

Diriger un pays consiste principalement en deux tâches : d’abord définir et se tenir à une vision générale et à long terme, ensuite anticiper sur ce que sera le monde demain à savoir dans vingt, trente, quarante ans. Le général De Gaulle avait insisté pour que la France dispose non seulement d’une bombe A moderne mais aussi et surtout d’une bombe H car il avait anticipé que seule la capacité réellement annihilatrice de l’hydrogène concrétiserait à long terme la dissuasion « du faible au fort. »

Etant donné l’environnement mondial actuel et le déplacement du centre de gravité général de l’Occident vers l’Asie, en sus de la problématique terroriste et potentiellement d’usage d’armes de type biologique, bactériologique, sale, il faut plutôt augmenter les capacités cybernétiques, spéciales et clandestines de la France ainsi que les forces conventionnelles dans le cadre d’une vision à long terme.

La France, si elle veut continuer à peser dans le concert des nations, ne peut plus se permettre de réduire encore un peu plus ses Armées. Il ne s’agit donc pas d’une polémique politique mais d’un choix probablement de nature historique pour l’avenir de la France.

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Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Une pensée sur “En matière militaire, ne sous-estimons ni l’ennemi ni l’avenir

  • 24 juillet 2017 à 13 h 59 min
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    Vous avez raison de ne pas sous estimer l’avenir ni la sandale des riens surtout avec les services secrets de nations au services de multinationales prédatrices toujours prêts à instrumentaliser et armer leur colère d’une part et un système économique amplificateur d’inégalités et massacreur des pauvres d’autre part. Même avec les totalitarismes qui montent, ce ne sera pas maîtrisable. Notez parallèlement que les attentats de Charlie Hebdo comme les gazages en Syrie sont des opérations sous faux drapeau pour instrumentaliser des gens bien pensants comme vous.

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