L’appel au calme de « l’Europe » est un aveu de faiblesse

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Contributeur
Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

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Suite à la crise diplomatique sévère entre d’une part la Turquie et les Pays-Bas, et d’autre part la Turquie et l’Allemagne, divers responsables politiques, de l’Union européenne (UE) et de France en tête, ont appelé « au calme. » Après que des peuples européens, probablement les plus tolérants et les plus accueillants du monde, ont été traités de « nazis », il serait de bon ton de raison garder et de tout faire pour garder ouvertes les voies du dialogue.

L’écueil d’un tel raisonnement réside dans l’idée – historiquement fausse – selon laquelle on peut discuter raisonnablement avec tout le monde, même l’individu le plus agressif. De ce postulat angélique, les porteurs de la paix ont toujours échoué à empêcher la guerre même s’ils plaidaient ardemment combien leurs interlocuteurs étaient rationnels.

Adolf Hitler avait écrit noir sur blanc ce qu’il ferait et ce qu’il fit ensuite. L’ennemi terroriste a écrit noir sur blanc ce qu’il ferait et jusqu’à maintenant, il a toujours concrétisé ses paroles en actes. Face à un interlocuteur déterminé, l’Europe semble désemparée. Presque pétrifiée à l’idée que la moindre confrontation soit forcément synonyme d’échec, l’Europe estime que le dialogue est toujours la meilleure solution.

C’est vrai dans bien des cas et tout le monde s’accorde pour estimer que toutes les voies du dialogue doivent être épuisées avant de recourir à la rupture voire à la force. Le défaut de l’Europe consiste cependant en la poursuite ininterrompue du dialogue sans jamais envisager que celui-ci puisse se terminer ou qu’il soit utile de le terminer de son propre chef. La rupture voire la force n’est jamais envisagée, quand bien même un individu hostile, peut-être même chef d’Etat, menace ouvertement un ou plusieurs Etats européens.

L’obsession du dialogue, si elle est louable, est en fait devenue l’excuse perpétuelle de l’immobilisme systématique d’une Europe désarmée, déconsidérée et hors du monde. Dans ce monde, des pays gigantesques se réarment, des terroristes promettent notre extermination et les perspectives démographiques annoncent de grands bouleversements géographiques, économiques et sociaux.

Malgré les attentats, la hausse vertigineuse de l’insécurité – l’Allemagne d’il y a dix ans n’a plus guère de point commun avec celle d’aujourd’hui, et l’instabilité qui monte à sa périphérie – observez l’Afrique subsaharienne, « l’Europe » poursuit coûte que coûte son « rêve humaniste » en complète contradiction avec la réalité factuelle.

Si l’Europe veut continuer à être un espace de Liberté, elle doit réapprendre que celle-ci se défend par le dialogue et parfois, malheureusement comme nécessairement, par la force. Appeler au calme en sachant pertinemment que son action se limitera de toute façon à cela est inutile. Il est temps pour l’Europe de regarder le monde tel qu’il est et de rompre enfin avec l’angélisme qui en sape tous les fondements, de la Liberté de conscience à la Liberté de pensée à la Liberté des Femmes. La force est certes le dernier recours, mais sans elle, il n’y a pas de Liberté tout court.

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Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

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