François Fillon et Alain Juppé, pourquoi les « ténors » de Les Républicains (LR) ont tort

Suivez Le Politique



Cliquez ici et accédez à tout Le Politique pour 5 euros.

© Le Politique, reproduction limitée autorisée sous conditions.

Contributeur
Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Les opinions exprimées ci-dessous sont uniquement celles de l'auteur et ne sont en aucune façon celles de Le Politique. Pour la liberté d'expression, vous êtes invités à contribuer au Débat.

Il est extrêmement difficile voire impossible de proposer une analyse de la situation politique sans être systématiquement assimilé à tel ou tel candidat. Il est donc bon de rappeler que les mots qui suivent découlent de l’analyse la plus objective possible. Il est encore possible d’émettre quelques idées objectives avec la réelle compétence d’un analyste dont la mission première consiste à analyser les faits, sans interférence autant que faire se peut de ses opinions personnelles.

Les « ténors » du parti Les Républicains (LR), bien justement parce qu’ils analysent la situation à travers leurs opinions personnelles plus qu’à travers les faits, portent un constat probablement erroné dont les conséquences pourraient être graves voire initiatrices de la disparition de leur organisation.

Vous êtes des milliers à lire Le Politique, intégralement financé par ses abonnés et donc 100% indépendant. Afin de poursuivre nos publications, votre soutien est indispensable:

  1. En ligne avec 5 euros par mois.
  2. Par chèque avec 60 euros par an.

Oui, le Pénélope Gate scandalise une grande partie de l’opinion publique française, à juste titre d’ailleurs tant les accusations – dont la réalité n’est pas encore fondée juridiquement – contredisent les exigences populaires. Oui, le Pénélope Gate a gravement abîmé la candidature portée par le LR et incarnée par François Fillon. Oui, le Pénélope Gate doit être traité régulièrement et par les voies légales si les éléments recueillis légitiment une telle entreprise judiciaire.

Cependant, partir du postulat que François Fillon n’est plus le bon candidat du LR et qu’Alain Juppé lui serait forcément préférable est probablement une erreur. Tout d’abord, les « ténors » du LR ne sont plus tant représentatifs de leur électorat. Ce dernier, de plus en plus à droite, a massivement voté pour François Fillon contre Alain Juppé au deuxième tour de la primaire de la droite et du centre. Avec 66.5% contre 33.5% soit une différence 33 points de pourcentage, François Fillon a tout simplement écrasé Alain Juppé, disqualifiant au passage tous les sondages et analyses proposés par les médias traditionnels.

Le curseur politique des électeurs du LR s’est déplacé à droite tandis que les « ténors » en sont encore à une vision de « centre-droit » qui fut populaire en 1995 mais ne l’est plus guère désormais, tant la France a changé et l’environnement général s’est détérioré. Préférant ignorer la réelle volonté des électeurs du LR de soutenir une politique franchement à droite, les « ténors » du LR s’auto-convainquent que leur vision est la bonne, quand bien même la primaire et la croissance rapide du Front National (FN) leur donnent absolument tort.

Ils font fi des munitions qu’ils donneront à l’adversaire en envoyant sur le champ de bataille un Alain Juppé condamné auparavant là où François Fillon n’est encore que présumé innocent. Contre tout principe de réalité, ils espèrent gagner en à peine 6 semaines une campagne électorale à aucune autre pareille sans le soutien de la base du LR dont 75% ont voté François Fillon (si l’on retire l’UDI et les électeurs de gauche ayant voté Alain Juppé). Le budget, la légitimité populaire, la régularité statutaire sont la propriété du candidat François Fillon, suite à sa victoire à la primaire dont les résultats furent annoncés régulièrement par Thierry Solère qui l’appelle désormais à abandonner.

Fort de 1158 parrainages, présumé et se revendiquant innocent, disposant d’une base électorale solide d’environ 18 à 20 points de pourcentage de l’électorat, bien plus en phrase programmatique avec les convictions des électeurs LR que « l’identité heureuse » d’Alain Juppé, pourquoi donc François Fillon abandonnerait-il ? Malgré l’omniprésence très bien organisée d’Emmanuel Macron, candidat de la gauche et d’une partie du centre pour le parti En Marche (EM), la probabilité qu’Alain Juppé puisse le vaincre au premier tour paraît plus élevée que celle de François Fillon.

Cependant, le manque de différenciation programmatique et l’arrivée tardive dans la campagne sont deux écueils majeurs qui réduisent considérablement la concrétisation d’une telle probabilité. Aussi, la récusation de François Fillon par les « ténors » du LR enverrait inévitablement nombre d’électeurs du LR chez Marine Le Pen. Comment croire que les électeurs de Nicolas Sarkozy préféreraient « l’identité heureuse » à la fermeté de plus en plus populaire proposée par Marine Le Pen ? Comment croire que les électeurs de François Fillon se rangeraient derrière Alain Juppé, celui-là même qui aurait disqualifié leur champion en faveur duquel ils se sont déplacés en masse ?

Enfin, considérant les faits reprochés à François Fillon, s’ils sont avérés et donc légitimement attaquables d’un point de vue moral, il n’est aucunement garanti qu’ils puissent aboutir au final à quelconque condamnation judiciaire. De plus, la célérité et l’obstination dûment identifiées par les électeurs de droite du système judiciaire à l’encontre des deux droites, celle de François Fillon et celle de Marine Le Pen, suscitent un sentiment croissant d’injustice dont l’effet électoral est probablement sous-estimé.

Pour toutes ces raisons, les « ténors » du LR qui se réuniront pour décider – avec quelle autorité concrète ? – du sort de François Fillon seraient bien avisés de revoir leur position en accord avec leur base électorale, au risque de disloquer définitivement leur parti et de se couper d’au moins deux tiers de leurs électeurs. Quelles que soient les qualités d’Alain Juppé, en toute objectivité, et considérant la réalité juridique de François Fillon aujourd’hui, écarter le second pour élire le premier relève d’une stratégie politique plus qu’audacieuse.

Le résultat de la primaire est un rappel éclatant qu’entre les « ténors » et les électeurs, qu’entre le « système » et le peuple, le fossé n’a jamais été aussi grand. Il s’agit donc de ne pas l’approfondir au principe que les « ténors » sauraient mieux que les électeurs ce qui est bon pour eux. Car ils ont souvent tout faux : Marine Le Pen et son succès indéniable en sont la preuve parfaite.

Partager :


© Le Politique, reproduction limitée autorisée sous conditions.

Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Une pensée sur “François Fillon et Alain Juppé, pourquoi les « ténors » de Les Républicains (LR) ont tort

  • 7 mars 2017 à 22 h 39 min
    Permalink

    Merci monsieur Rault une vraie analyse politique. Oui vous avez raison j’ai voté à la primaire de la droite et je serai scandalisée si en dernier lieu c’était les appareils politiques qui décidaient du candidat. Dans ce cas là je ne voterai plus jamais à une primaire. Je pense par ailleurs que la récusation de François Fillon aurait eu pour conséquence qu’un grand nombre d’électeurs se seraient abstenus ou aurait voter blanc ou nul.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *