L'OTAN est-elle vraiment en voie de disparition?

Suivez Le Politique



Cliquez ici et accédez à tout Le Politique pour 5 euros.

© Le Politique, reproduction limitée autorisée sous conditions.

Contributeur
Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Les opinions exprimées ci-dessous sont uniquement celles de l'auteur et ne sont en aucune façon celles de Le Politique. Pour la liberté d'expression, vous êtes invités à contribuer au Débat.

L’Europe, le vieux continent, traverse une crise multiple. Son économie, sa culture et sa sécurité sont compromis. Alors que l’Union européenne (UE) est de plus en plus rejetée par les citoyens européens et que la dislocation de la zone euro paraît possible, l’architecture militaire de l’Europe portée principalement par l’OTAN – et donc les Etats-Unis – est également contestée. Coûteuse et inadaptée, l’alliance atlantique a été vivement critiquée par le candidat Républicain puis président-élu des Etats-Unis, Donald Trump. De nombreuses personnalités politiques européennes appellent à la construction d’une « défense européenne » dont on parle depuis 30 ans sans résultat probant.

Unique puissance nucléaire stratégique indépendante en Europe, la France est à nouveau en pointe dans la contestation de l’OTAN dont elle a pourtant réintégré le commandement militaire à la demande de l’ancien président Nicolas Sarkozy en avril 2008. Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Arnaud Montebourg appellent peu ou prou à la sortie de l’OTAN. Suite à l’élection de Trump et à sa mal-comprise supposée volonté de se désengager d’Europe, la chancelière allemande Angela Merkel réfléchirait désormais à une défense européenne autonome soutenue par l’augmentation du budget militaire allemand.

Vous êtes des milliers à lire Le Politique, intégralement financé par ses abonnés et donc 100% indépendant. Afin de poursuivre nos publications, votre soutien est indispensable:

  1. En ligne avec 5 euros par mois.
  2. Par chèque avec 60 euros par an.

Les attentats meurtriers perpétrés partout en Europe et notamment en France ont démontré l’incapacité de l’OTAN à contrer les nouvelles menaces, non militaires mais transnationales, hybrides et terroristes. Même si l’OTAN est née d’une vocation militaire stricto sensu à savoir combattre une invasion menée par un pays tiers, le constat de son utilité limitée contre la plus grave menace actuelle questionne sa légitimité, en plus de la dépendance aux Etats-Unis. Si l’OTAN est politiquement contestée, l’état des armées nationales des pays européens ne permet pas d’indépendance militaire européenne réelle avant au mieux une quinzaine d’années.

Les intérêts divers, les évaluations divergentes et la nécessaire longueur des programmes de réarmement sont autant d’embûches sur la route d’une défense européenne. Enfin, estimer que les Etats-Unis abandonneraient l’OTAN aussi facilement que le déciderait du jour au lendemain l’Europe résulte d’une analyse erronée. Les Etats-Unis souhaitent que l’Europe augmente ses dépenses militaires autant qu’ils l’estiment indispensable à leur avenir en tant qu’hyperpuissance dans une géopolitique mondiale où le centre de gravité se déplace vers l’Asie.

Hormis peut-être la France avec bien des réserves, la contestation de l’OTAN devrait se cantonner à la politique sans bouleverser fondamentalement l’architecture de défense euro-américaine à court et à moyen terme. Pour preuve, l’Allemagne ne confiera probablement jamais totalement ses intérêts vitaux à la dissuasion nucléaire française tandis que la France n’incitera probablement jamais son voisin germanique à se doter de l’arme atomique. L’OTAN perdurera donc certainement sous une forme différente à long terme mais sa disparition complète est plutôt improbable.

Partager :


© Le Politique, reproduction limitée autorisée sous conditions.

Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *