En gagnant un peu à gauche, Nicolas Sarkozy peut perdre plus à droite

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Contributeur
Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

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De nombreux militants Sarkozystes semblent inquiets en constatant que l’ancien président de la République et probable imminent candidat à la primaire du parti Les Républicains (LR), Nicolas Sarkozy, va intégrer à son équipe de campagne François Baroin, sénateur de l’Aube et Maire de Troyes et Gérald Darmanin, ancien député du Nord, maire de Tourcoing et Vice-président du Conseil Régional de Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Selon ces militants, ces deux hommes seraient représentatifs de cette droite – consensuelle au mieux, « molle » au pire – qui a déçue lors du premier mandat de Nicolas Sarkozy et qui aurait menée à la défaite en 2012.

L’alliance entre Nicolas Sarkozy et François Baroin, l’influent président de l’Association des maires de France (AMF), serait « la carte maîtresse » contre la victoire médiatiquement annoncée d’Alain Juppé. « Je m’engagerai pour Nicolas Sarkozy, mon choix est fait depuis longtemps (…) Autour de Nicolas Sarkozy, il y aura une équipe rassemblée qui se mobilisera pour faire en sorte qu’il soit notre candidat à la sortie de la primaire (…) Il y aura une campagne et on ira tête baissée. » a déclaré François Baroin le 5 juin dernier.

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« Il a entendu ce que je disais, et ce que lui disaient aussi d’ailleurs certains de ses soutiens: il faut marcher sur deux jambes. L’identité et la sécurité sont évidemment des questions essentielles, et le contexte dramatique dans lequel nous vivons nous le rappelle, mais la droite doit aussi être sociale, de proximité et répondre aux aspirations populaires, ce qu’elle ne faisait pas forcément il y a quelques mois. La présence de François Baroin a achevé de me convaincre, » a déclaré Darmanin pour expliquer son soutien à Nicolas Sarkozy dont il s’était pourtant écarté récemment.

Le Politique l’a écrit et le confirme, l’ancien président bénéficie d’un soutien plus fort et plus étendu qu’on ne le pense parmi les militants et les cadres du LR. Parmi eux, beaucoup sont restés Sarkozystes pour trois raisons.

Tout d’abord, ils sont souvent déçus du premier mandat mais estiment que les crises de 2008 et 2011 ont empêché la concrétisation du programme de 2007. Ils espèrent donc qu’avec Sarkozy à nouveau président, ce dernier appliquera le programme de droite qui l’avait rendu si populaire en 2007. Ensuite, ils ne voient au LR aucun autre candidat à la fois suffisamment à droite et capable d’être élu président de la République. Alain Juppé serait l’exemple-type du candidat qu’ils n’estiment en fait pas « de droite. » Certains contestent même sa présence au sein du LR. Enfin, ils ne votent pas Marine Le Pen du Front National (FN) principalement pour des désaccords sur les questions économiques puisqu’au final – sans l’avouer ouvertement – leurs positions relatives à l’immigration ou à l’identité nationale sont souvent très proches.

Le Sarkozyste de 2016 a changé – lui aussi. Il n’est plus celui de 2007, enthousiasmé par l’énergie débordante d’un ministre de l’intérieur qui promettait de passer le « karcher. » D’ici mai 2017, dix ans auront passé pendant lesquels la France a dévissé sur le plan économique, s’est précarisée socialement et culturellement, et a régressé sociologiquement et sécuritairement. La menace terroriste n’a jamais été aussi élevée, le totalitarisme sape l’unité nationale et la défiance populaire entretient le risque d’une conflagration générale.

Dès lors, face au défi civilisationnel posé à une France affaiblie, le Sarkozyste estime que seul un programme de droite – vraiment de droite – pourra rétablir la Nation. Le Sarkozyste 2016 est plus à droite encore que le Sarkozyste 2007. Il s’est pour ainsi dire « radicalisé » et rejette plus que tout « l’ouverture » dont il estime souvent qu’elle fut le point de départ de « l’échec » – certes relatif – du premier mandat de Nicolas Sarkozy.

Avec l’intégration de François Baroin et Gérald Darmanin, c’est typiquement cette suspicion d’ouverture qui échaude le Sarkozyste, exaspéré d’une droite « classique » qui n’assume toujours pas d’être de droite alors que jamais l’opinion publique française n’a été, pense-t-il, aussi mûre pour une politique « dure » en matière de sécurité, d’immigration et d’identité. Quand bien même un président de la République est élu sur une « synthèse », l’élection de 2017 devrait se jouer principalement à droite avec en filigrane la survie même de la France comme mode de vie et civilisation.

Si Sarkozy joue à gauche, il prendrait donc le risque d’envoyer parmi ses plus fervents supporters encore plus à droite, et pourquoi pas de Paris 15ème à Nanterre. Contrairement au consensus médiatique, Nicolas Sarkozy n’a pas perdu en 2012 car il fut trop à droite, une part significative des électeurs qu’il avait « siphonnés » à Jean-Marie Le Pen en 2007 étaient en fait retournés vers Marine Le Pen en 2012. Même si la manœuvre est habile face à Alain Juppé, promettre François Baroin comme premier ministre à un Sarkozyste version 2017, c’est peut-être le perdre dans les urnes dès le 23 avril prochain.

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Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

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