Alexandre Benalla et les Russes : pourquoi cette histoire ne tient-elle pas debout ?

Suivez Le Politique



Cliquez ici et accédez à tout Le Politique pour 5 euros.

© Le Politique, reproduction limitée autorisée sous conditions.

Charles Rault, Analyste, spécialiste de l’information et fondateur de Le Politique aborde cette fois le sujet qui agite Paris et peut-être aussi Moscou. Il revient sur Alexandre Benalla et les Russes et pose la question suivante : pourquoi cette histoire ne tient-elle pas debout ? Retour donc sur les présumées péripéties moscovites de l’histoire qui secoue le microcosme béat du tout-Paris effarouché. Un éclairage utile, totalement indépendant, dans une République au débat politique de plus en plus réduit.

Cliquez ici pour vous abonner aux Podcasts. Cliquez ici pour soutenir Le Politique. Crédits audio AxelB.

Transcription

Cette fois je reviens sur Alexandre Benalla et les Russes et pose la question suivante : pourquoi cette histoire ne tient-elle pas debout ? Retour donc sur les présumées péripéties moscovites de l’histoire qui secoue le microcosme béat du tout-Paris effarouché.

Notre président de la République Emmanuel Macron a beaucoup de qualités. Il a réussi l’exploit d’être élu président à seulement 39 ans sans jamais avoir été élu auparavant. Enumérer ses qualités serait trop long et le peuple Français les connaît bien. Et puis en ces temps de ménage de printemps, on en fait jamais assez pour conserver quelque Liberté d’expression même si ces mots peuvent être sincères.

Il existe toutefois une lacune dans les travaux de notre Hercule national à savoir comprendre que même si c’est gros, cela ne passe pas forcément inaperçu ni même avec tout le monde. Quelque peu embêté par cette affaire Alexandre Benalla, l’agence tous risques du transport de bagages, Emmanuel Macron a eu beau affirmer « tout assumer » car « il est le seul responsable » et fier de l’avoir embauché à l’Elysée, peut-être a-t-il lu Le Politique.fr qui écrivait récemment que ces mots le desservaient un peu plus dans l’immense estime populaire.

Aussitôt lu, aussitôt fait, voilà que soudainement toute critique de l’embauche de Benalla, de sa mise en examen pour 5 chefs d’accusation, de ses infractions pénales filmées, de son port d’arme, de son arsenal, de son coffre disparu, de sa perquisition paranormale, de son passeport diplomatique et de son immunité surnaturelle n’avait que deux instigateurs qui n’en font qu’un : l’extrême droite/gauche et Moscou, les populistes bruns/rouges et le NKVD.

S’il est en effet possible qu’1% ait émis 44% des tweets relatifs à l’affaire Benalla et je précise, entendez-le bien, que personne ne saurait approuver de telles méthodes nuisibles à la démocratie, doit-on rappeler alors que les mêmes proportions furent constatées quand François Fillon fut assassiné politiquement en 2017 pour des faits dont les preuves demeurent à ce jour inexistantes et d’une moindre gravité comparé au zèle élyséen d’un Mars et ça repart alias Alexandre Benalla.

Crier à l’ours russe chaque fois qu’une péripétie se présente rue du Faubourg Saint-Honoré surtout si ce n’est que pour une tempête dans un verre d’eau risque de définitivement noyer le poisson ou plutôt les espions le jour où la menace russe sera crédible, réelle et dûment constatée.

Personne n’est dupe. La Russie espionne-t-elle la France ? Oui. La Russie est-elle un pays particulièrement actif en matière de guerre de l’information ? Oui. Plus que les Etats-Unis ? Non. Plus que la Chine ? Non plus. Plus que la France ? C’est possible car l’Europe est terriblement naïve.

Quoiqu’il en soit la désinformation ne date ni du Brexit ni de l’élection de Donald Trump, cet imbécile présumé dont la croissance économique est 10 fois celle de la France En Marche et dont le taux de chômage est le tiers de celui de la France en panne. Un brin de modestie serait donc une qualité utile à acquérir de toute urgence.

L’ours russe est actif et personne ne l’ignore mais de là à assimiler tout citoyen qui s’interroge sur la politique d’Emmanuel Macron à un agent étranger d’une puissance plutôt hostile, du moins géopolitiquement, il y a un gouffre que nos propres organes compétents ne franchissent probablement pas.

Il faut autrement plus d’incitations, de profondeur culturelle voire de motivation viscérale pour transformer un citoyen en agent étranger c’est-à-dire en traître à la nation. Des millions de Français seraient-ils donc des traîtres à la nation acquis à la patrie de Djerzinski ? Assurément non.

Si la vigilance est de mise, s’il ne faut rien exclure et agir en conséquence, ceci n’autorise pas, tout président de la République que l’on soit, à accuser quiconque de trahison au simple motif d’un désaccord politique. Allumer un tel contre-feu est aussi contreproductif qu’il ignore les bases du renseignement et abîme la confiance entre l’Elysée et les organes. Lorsque Barack Obama, sans jamais l’avoir rencontré, exprime publiquement son soutien à un candidat à la présidence de la République française en pleine campagne électorale, doit-on en déduire que ce candidat est un agent américain ? Vous avez donc votre réponse.

Raconter n’importe quoi afin de réprimer tout débat endommage gravement la République et propulse le populisme. Plus de sagesse et de retenue au sommet seraient donc bienvenue sans quoi viendra inévitablement la chute. Et quoiqu’on pense d’eux, les Russes n’y seront pour rien.

Les Français ont le droit de débattre, de critiquer et même d’exprimer leur mécontentement sans être automatiquement taxés d’avoir pris le parti de l’étranger ! Si faille existe au plus haut niveau de l’Etat et dans laquelle s’engouffrent des puissances étrangères voire hostiles, il convient de traiter la situation avec détermination plutôt que d’aller chercher ailleurs des responsables illusoires. Si non, c’est que tout cela n’est qu’une fable, un storytelling de trop qui ridiculise celui qui la produit et la propage.

Voilà, si ce podcast vous a plu, partagez-en le lien sur les réseaux sociaux, rejoignez Le Politique sur Twitter et sur Facebook, et surtout soutenez Le Politique financièrement en vous abonnant via lepolitique.fr/abonnement pour 5 euros par mois. Merci de votre attention et à très bientôt pour un prochain podcast !

Partager :

Vous êtes des milliers à lire Le Politique, intégralement financé par ses abonnés et donc 100% indépendant. Afin de poursuivre nos publications et d'étoffer notre traitement plus équilibré de l'actualité, votre soutien est indispensable:

  1. En ligne avec 2 euros par semaine.
  2. En ligne avec 5 euros par mois.
  3. Par chèque avec 60 euros par an.


© Le Politique, reproduction limitée autorisée sous conditions.

Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *