Insécurité, Adrien Perez et Alençon : la France est-elle une zone de non-droit ?

Suivez Le Politique



Cliquez ici et accédez à tout Le Politique pour 5 euros.

© Le Politique, reproduction limitée autorisée sous conditions.

Charles Rault, Analyste, spécialiste de l’information et fondateur de Le Politique aborde cette fois le sujet brûlant et peu politiquement correct de l’insécurité. En croissance vertigineuse, celle-ci abîme la vie de plus en plus de Français et suscite des drames terribles à l’instar de l’assassinat d’Adrien Perez près de Grenoble ou encore des affrontements meurtriers entre bandes à Alençon. Un éclairage utile, totalement indépendant, dans une République au débat politique de plus en plus réduit.

Cliquez ici pour vous abonner aux Podcasts. Cliquez ici pour soutenir Le Politique. Crédits audio AxelB.

Transcription

Cette semaine, je ne peux m’empêcher d’ajouter une contribution supplémentaire à la nouvelle section podcasts de Le Politique, cette fois sur un sujet désagréable mais ô combien fondamental de notre République en crise.

Il s’agit de l’insécurité et j’inscris mes mots dans la pensée que j’ai exprimée précédemment pour Adrien Perez, assassiné à 26 ans d’un coup de couteau à la sortie d’une boîte de nuit près de Grenoble. Je ne souhaite ni attiser les peurs ni verser dans l’excès mais vraiment, soyons honnêtes, soyons réalistes, la situation sécuritaire générale de la France est notoirement mauvaise pour ne pas dire scandaleuse.

Adrien Perez en est malheureusement la dernière victime qui choque les consciences mais il est plus que temps, pour notre avenir, de tirer la sonnette d’alarme comme le font courageusement ses parents et ses proches dans les quelques médias qui veulent bien leur donner la parole. Le constat de départ est limpide et tient en quelques mots simples qui seront compris par tous : la France est un véritable foutoir où vivent des centaines de milliers d’individus dont on ignore tout ou presque.

De la Porte de la Chapelle à Calais en passant par Alençon cette semaine, plus un endroit en France, hormis le jardin du Luxembourg et la rue du Faubourg St-Honoré, n’échappe à l’ensauvagement généralisé d’une « jeunesse » pour qui la vie d’autrui ne compte pour rien et qui au vu de son casier judiciaire souvent chargé n’a plus rien de jeune mais a tout du vétéran aguerri du crime et de la délinquance.

Deux tendances de fond participent de cette situation difficile. D’abord, les forces de police et de gendarmerie sont insuffisamment équipées et en sous-effectifs. A l’instar des services de renseignement en charge de notre sécurité nationale, et ils font tout ce qu’ils peuvent, protéger la population relève de la mission impossible lorsqu’à Alençon, préfecture de l’Orne ce beau département, manquent depuis trop longtemps au moins sept policiers dans les effectifs locaux.

Alors dans ces conditions peut-on désormais assister impuissants à un affrontement, calibré, entre plusieurs individus avec d’un côté des Afghans et de l’autre des « Arabes armés » selon les déclarations des premiers. Tir de fusil, de mortier, usage tous azimuts d’armes blanches, dans un pays où les armes sont extrêmement difficiles à détenir, les délinquants ne semblent guère en difficulté de s’en procurer.

Gageons que si les effectifs policiers étaient augmentés, il leur serait plus difficile de les transporter puis de se coordonner pour mener une bataille rangée. On parle souvent de Chicago, de Juarez ou de Rio de Janeiro mais Alençon cette semaine y a furieusement ressemblé. Et Alençon, ce n’est ni Villeurbanne ni Marseille, c’est juste Alençon, une ville de 25.000 habitants habituellement paisible mais où l’insécurité a aussi creusé son sillon à la faveur du désengagement progressif de l’Etat.

Ensuite et c’est bien là le cœur du problème, la justice n’est ni assez sévère ni assez dissuasive quand il s’agit de lutter contre le crime. Que penser d’individus qui, à peine leurs 20 ans fêtés, comptent déjà 10, 20 voire 30 condamnations pénales au compteur et poursuivent leurs méfaits dans la plus belle désinvolture étatique ?

En proportion de la sévérité appliquée au citoyen respectueux des lois, on peut citer par exemple les 80 km/h qui paralysent désormais nos campagnes, l’Etat sait parfaitement être sévère avec ceux dont il sait pertinemment que jamais ils ne menaceront quiconque et certainement pas l’ordre public. Alors pourquoi ce laxisme, pourquoi cette clémence vis-à-vis des criminels et des délinquants les plus actifs ?

De nombreuses études ces dernières décennies ont montré que la commission d’infractions graves suit le plus souvent des infractions plus mineures et que si la justice échoue à casser le cycle d’enrôlement criminel, alors elle encourage en quelque sorte l’individu à pousser toujours plus loin ses limites et donc la gravité de ses actes.

Casser le cycle de production criminelle, le cycle de formation interlope du délinquant professionnel devrait être la priorité et la clémence consécutive à la commission des premières infractions paraît souvent une bien mauvaise tentative de ramener l’individu dans le droit chemin. Personne n’ignore l’état mauvais des prisons ni qu’y passer du temps peut augmenter le risque de récidive mais doit-on pour autant sacrifier la tranquillité de l’écrasante majorité des citoyens ?

Le contrat social entre ces derniers et l’Etat se fonde originellement sur l’établissement de la sécurité. A contrario, l’insécurité croissante, que dis-je galopante que l’on constate actuellement, abîme irrémédiablement ce lien fondateur. Décrire l’insécurité comme un simple sentiment et ne rien faire pour lutter contre avec efficacité et durabilité encourage le populisme.

Quelle contradiction alors que les pourfendeurs généraux du populisme n’agissent pas enfin contre l’insécurité qui ravage le lien social et mène à la mort de jeunes gens comme Adrien Perez. On me répondra probablement la sempiternelle affirmation selon laquelle la France n’a jamais connu aussi peu d’homicides.

Les statistiques officielles l’affirment en effet mais ce que je constate, ce que des millions et des millions de Français constatent, c’est que la petite et la grande délinquance, pas nécessairement homicidaire, envahissent de plus en plus l’espace public au point que nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’opportunité de sortir ce soir dans tel endroit et plus encore pour les femmes dont l’habillement est devenu un critère régulier de sécurité.

Que dans un pays comme la France, la patrie des droits de l’homme, des citoyens et surtout des citoyennes s’interrogent sur la capacité de l’Etat à les protéger est une régression terrifiante qui annonce des lendemains malheureux. Sous-estimer la gravité d’une telle régression et croire qu’en enfonçant un peu la tête dans le sable, l’autruche augmente l’aveuglement du public et ses chances de réélection est une tactique dangereuse.

A mesure que l’ensauvagement s’étend et terrorise les populations, le populisme s’approche du pouvoir. Attention ! Pas celui que certains dénoncent chez une Marine Le Pen ou un Nicolas Dupont-Aignan mais un populisme hard qui pourrait émerger de cette France de plus en plus éprouvée dans les prochaines années si rien ne change.

Rétablir la loi et l’ordre partout sur le territoire, assurer la sécurité, punir les criminels et les délinquants sont le devoir primaire de la République et de ceux qui la gouvernent. Pour que plus jamais des parents n’aient à pleurer un enfant au petit matin d’un dimanche ensoleillé, force doit revenir à l’Etat, sans concession ni renoncement. La lutte contre l’insécurité doit devenir une priorité nationale, et sans plus attendre.

Voilà, si ce podcast vous a plu, partagez-en le lien sur les réseaux sociaux, rejoignez Le Politique sur Twitter et sur Facebook, et surtout soutenez Le Politique financièrement en vous abonnant via lepolitique.fr/abonnement pour 5 euros par mois. Merci de votre attention et à très bientôt pour un prochain podcast !

Partager :

Vous êtes des milliers à lire Le Politique, intégralement financé par ses abonnés et donc 100% indépendant. Afin de poursuivre nos publications et d'étoffer notre traitement plus équilibré de l'actualité, votre soutien est indispensable:

  1. En ligne avec 2 euros par semaine.
  2. En ligne avec 5 euros par mois.
  3. Par chèque avec 60 euros par an.


© Le Politique, reproduction limitée autorisée sous conditions.

Le Politique

Le Politique publie divers articles destinés à susciter le débat politique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *