Construire l’Europe, une obligation de contexte, de dimension et d’échelle

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Contributeur
Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

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Quel dommage et quel gâchis ! L’Europe est née d’une intention louable, pour les uns cauchemar insupportable, pour d’autres utopique réponse à tout. Que l’on soit pour l’Europe des nations ou pour l’Europe fédérale, force est de constater que face aux grands ensembles économiques, stratégiques et politiques de ce début de 21ème siècle, l’idée d’Europe n’a contradictoirement jamais été aussi vitale.

Malheureusement est-elle en pleine crise, au risque de sombrer définitivement, car nos gouvernements – élus doit-on le rappeler – ont confondu rêve et réalité. Le rêve a été de créer une Europe qui soit à la fois forte, tolérante à l’excès, ouverte à tout mais aussi « à la carte » afin de ne pas abandonner trop de prérogatives à ce qui demeure un objet politique unique et contestable, l’Union européenne (UE).

La réalité est que nous persistons dans l’erreur et qu’à construire l’Europe à moitié, on a sévèrement abîmé son essence même et le projet semble désormais condamné. En effet, si l’on souhaitait construire l’Europe, il fallait aller au bout du processus et créer les « Etats-Unis d’Europe » avec un seul gouvernement, un seul droit, une seule fiscalité, une seule armée, etc…

« Fou, utopique, destructeur des nations, » répondront certains. Ils auront probablement raison mais face aux mastodontes américain, chinois, indien, était-ce à la fois le plus ambitieux et le plus logique projet. Nous avons collectivement préféré demeurer au milieu du gué pour n’obtenir de notre création qu’une structure hybride hors-sol, bien peu légitime, et aucunement souveraine.

Au final, et alors que l’Europe – malheureusement associée dans les esprits à l’échec de l’UE – se dispute en son sein et en est encore à « réfléchir sur comment régler la crise migratoire » des années après son commencement, le reste du monde poursuit son rapide développement. Bientôt serons-nous dépassés et d’ailleurs est-ce déjà le cas dans le secteur vital des nouvelles technologies où les 30 leaders mondiaux sont soit américains soit chinois.

On peut en effet aimer la France, la vouloir à nouveau souveraine et comprendre toutefois que le contexte revêt une importance capitale. D’où cette question fondamentale, trop souvent ignorée, de la dimension et des échelles. Si l’on peut se féliciter par exemple de développements de programmes technologiques militaires à hauteur de 500 millions d’euros en France, on peut aussi mesurer l’écart difficile à combler par rapport aux 20 milliards d’euros investis par la Chine dans le même domaine.

Au-delà donc des idées politiques aussi pertinentes que la souveraineté nationale, il faut aussi produire cet indispensable effort intellectuel qui consiste à réaliser que l’Europe n’est pas une île – la crise migratoire le prouve chaque jour – et qu’elle devra structurellement se réorganiser pour affronter les défis majeurs du nouveau millénaire.

Toute solution « à moitié » est vouée à l’échec et s’avère contreproductive. Il n’est pas besoin d’être un européiste béat – on peut même être l’inverse – pour comprendre que si l’Europe ne s’unit pas dans un projet historique d’une profondeur inédite, ses chances de peser dans l’avenir du monde seront infimes. Il ne s’agit aucunement de détruire les cultures nationales ou de poursuivre la transformation actuelle de l’Europe en un grand bazar mondialisé mais de mesurer le défi immense que représente la révolution mondiale qui a commencée depuis que la Chine « s’est éveillée ».

Face aux centaines de milliards investis par la Chine dans son outil militaire, face à des Etats-Unis prioritairement tournés vers l’Asie, que vaut une Europe désunie et désarmée qui perd un temps fou à traiter les effets des crises qu’elle encourage par son impéritie ? Soyons honnêtes : rien !

On peut se féliciter de la « diplomatie européenne », s’enorgueillir de représenter une part importante du PIB mondial, mais en direct sur la scène stratégique mondiale, l’Europe est manifestement un nain alors qu’elle devrait être un géant. L’Europe donc doit devenir et penser puissance sans quoi elle sera définitivement reléguée en simple zone économique dépourvue de toute autorité stratégique dans un monde dont le nouveau paradigme géopolitique annonce autant de dangers que d’opportunités.

Actuellement l’Europe est petite et le monde est grand. En niant ses racines et en s’imaginant comme un melting-pot indéfini sans limite ni frontières, l’Europe a perdu le fil de son Histoire et n’est donc plus en mesure de jouer quelque rôle historique.

Quelle que soit la force de ses idées, tout demeure une histoire de dimension et sur la scène internationale, le plus grand et le plus fort a le plus souvent « raison ». En crise, l’Europe n’est ni grande ni forte, et son futur et celui de ses peuples dépendent aujourd’hui de Washington et peut-être demain de Pékin.

L’Europe, jadis cœur du monde, s’est transformée en enfant gâté qui croit que sa prospérité et sa paix d’aujourd’hui, bien que relatives, continueront ad vitam aeternam sans que jamais le reste du monde ne les conteste. Notre déclassement collectif dans la plupart des domaines montre pourtant que nous avons amplement tort et que le prix à payer de continuer à rêver plutôt que de vivre dans la réalité compromet sérieusement notre avenir.

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Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Une pensée sur “Construire l’Europe, une obligation de contexte, de dimension et d’échelle

  • 8 juillet 2018 à 23 h 16 min
    Permalink

    Ce qu’il faut construire de façon primordiale et principale c’est la démocratie chez nous en France. L’UE est un argument et le moyen de la détruire. Aussi grave, elle est le moyen de détruire notre économie et les conquêtes sociales de notre peuple, dans l’intérêt de la finance apatride. Ce qu’il faut concernant l’UE, c’est au contraire, l’abolir. Les rapports entre les peuples ne peuvent se concevoir que dans la coopération mutuellement avantageuse dans un objectif de progrès social, et non dans leur mise en concurrence à coups de diktats et dans l’objectif de maximaliser le rendement financier du travail en écrasant les salaires et la démocratie locale.

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