Génération Identitaire (GI) : l’inquiétante montée des polices privées

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L'Union des jeunes pour le progrès (UJP) a été créé en 1965 comme "premier mouvement des jeunes gaullistes".

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Le sociologue Max Weber, auteur du Savant et du Politique, écrivait que la principale particularité de l’Etat consistait en ce que ce dernier doit théoriquement détenir le monopole de la violence légitime, notamment au-travers des fonctions régaliennes. Cette prérogative en fait, en principe, le seul acteur à pouvoir assurer l’ordre et rendre la justice dans notre société.

Alors que le projet de loi Colomb portant sur « l’asile et l’immigration » est en débat au Parlement, des groupuscules semblent vouloir faire régner par la force leur propre justice au détriment de celle de l’Etat. Il en est ainsi des No Borders, ces militants qui s’opposent violemment à tout contrôle des frontières.

L’exemple le plus récent en est fourni par le mouvement « Génération Identitaire », qui a fait fortement réagir les médias suite au lancement de son opération « Defend Europe » dans les Alpes : après avoir déjà connu une certaine notoriété en ayant affrété un bateau en Méditerranée pour empêcher les migrants d’atteindre les côtes européennes, les militants de ce groupuscule récidivaient cette fois-ci à la frontière alpine entre la France et l’Italie, dans l’objectif de repérer et refouler les migrants y transitant.

A grand renfort d’images chocs les dépeignant comme de véritables « chasseurs de migrants » à bord de leur hélicoptère, les militants de Génération Identitaire n’ont pas simplement réalisé un coup de com’ – qui s’est d’ailleurs retourné contre leur porte-parole, harcelé depuis sur les réseaux sociaux. Au-delà de leurs revendications, c’est la montée, inquiétante, des entreprises de justice privée que révèle réellement leur action.

Car, c’est bien cette problématique qui est véritablement en jeu ici. Il est en effet tout à fait concevable de penser que notre pays n’a pas les capacités d’accueillir autant d’immigration. Il est tout aussi concevable de militer en faveur de politiques prônant des contrôles plus stricts aux frontières.

Après tout, nous sommes en démocratie, chacun est libre de ses convictions, tant sur le sujet des migrants que sur n’importe quel autre. Mais est-il concevable, sur le fondement de ces convictions, et aussi justes soient-elles, aussi justes nous paraissent-elles, d’essayer de se substituer à l’Etat de droit pour faire régner son propre ordre ?

Nous avons ici une ligne rouge que certains, tels que Génération Identitaire ou d’autres, paraissent vouloir – et pouvoir trop aisément – franchir. Il y a bien un problème lié à une certaine carence étatique à la base. Les fonctions régaliennes sont faites pour être exercées par la puissance publique.

Or, nous sommes forcés de constater une incapacité ou un manque de volonté politique de l’Etat d’exercer correctement ces fonctions.

Qu’il s’agisse de gérer au mieux les flux migratoires ou d’empêcher les entreprises de police privée des groupuscules extrémistes, les autorités publiques ont le rôle principal à jouer : c’est à elles de s’assurer que l’ordre républicain et l’Etat de droit puissent régner en toute quiétude, c’est à elles que revient la mission de décider qui peut entrer et sortir du territoire, et dans quelles conditions. Et pourtant, dans l’affaire Génération Identitaire, les autorités n’ont pas bien brillé, si ce n’est par leur silence et leur absence de réaction.

Que les pouvoirs publics fixent une politique claire en matière d’immigration et s’y tiennent, et nous verrons que de telles polémiques n’auront plus lieu d’être. C’est l’incapacité étatique de prendre une décision nette sur la sécurisation des frontières qui a incité et poussé les identitaires à agir avec leurs propres moyens pour sécuriser d’eux-mêmes la frontière alpine.

C’est de même l’absence de réponse de l’Etat à cette initiative privée et prise en dehors de tout cadre légal qui a permis à l’opération « Defend Europe » de se dérouler normalement, posant la question de savoir qui est le détenteur des pouvoirs du maintien de l’ordre dans ce pays : l’Etat, ou quelques militants qui n’ont aucune légitimité pour assurer la police du territoire ?

Le communiqué que la préfecture a émis en titre de réponse à l’opération est d’autant plus hallucinant qu’il semble acter la démission des autorités face à ce type d’entreprise inacceptable dans un Etat de droit : selon le préfet, les actions de Génération Identitaire ne constituaient nullement une atteinte à l’ordre public, qui aurait justifié une intervention de la police nationale.

Ainsi, agir en tant que police des frontières à la place des douanes et décider de qui peut entrer en France en lieu et place des autorités officielles ne sont plus considérés comme des troubles à l’ordre public…

L’Etat de droit suppose que, dans la société, ne soit reconnue qu’une seule source d’autorité ayant les pouvoirs de police, de justice et de défense du territoire. Cette source est l’Etat. Laisser quelques individus, armés de leurs seules convictions et de quelques véhicules, faire la loi à la place de l’autorité légitime constitue un très mauvais signal.

Mais, s’il est nécessaire de traiter les conséquences, il est plus qu’urgent de s’attaquer aux causes, à savoir le sentiment qu’ont de plus en plus de nos concitoyens selon lequel les pouvoirs publics les ont abandonnés et ne sont plus capables de les protéger correctement.

Si l’Etat ne remplit plus ses missions régaliennes et n’intervient plus en tant que gardien de l’ordre public, il ne faut pas s’étonner que d’autres veuillent prendre sa place. « La nature a horreur du vide », dit-on habituellement.

Auteurs

Ferréol Delmas, Président de l’Union des jeunes pour le progrès (UJP).

Romain Naudin, Secrétaire Général et Porte-parole de l’Union des jeunes pour le progrès (UJP).

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L'Union des jeunes pour le progrès (UJP) a été créé en 1965 comme "premier mouvement des jeunes gaullistes".

2 pensées sur “Génération Identitaire (GI) : l’inquiétante montée des polices privées

  • 10 mai 2018 à 17 h 22 min
    Permalink

    D’un point de vue juridique, ce texte est cohérent . seuls les pouvoirs régaliens ont le droit et le devoir de protéger notre territoire. Concernant « les identitaires » qui n’étaient pas armés, leur action ne me choque pas plus qu’un maire qui bloque ses aires de sport pour éviter que les gens du voyage s’installent en toute impunité.

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  • 9 juin 2018 à 19 h 11 min
    Permalink

    Quand les peuples cessent d’estimer ils cessent d’obéir, je dirais même quand ils cessent de respecter, car ici l’Etat est défaillant, défaillant dans la protection de ses citoyens, partout dans les villes et même les villages, plus personne n’est en sécurité !
    « qui est le détenteur des pouvoirs du maintien de l’ordre dans ce pays : l’Etat, ou quelques militants qui n’ont aucune légitimité pour assurer la police du territoire ? »
    Quand l’Etat cesse de maintenir l’ordre, c’est aux citoyens de le faire à sa place ! après tout ce gouvernement est au service du peuple, s’il n’est pas capable de remplir le rôle que le peuple lui a confié qu’il se retire ou laisse le peuple décider seul ! ce sont des centaines de morts à cause de l’inefficacité totale de l’Etat, faut-il attendre qu’ils soient des milliers ou des millions avant de réagir ?

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