Syrie : Emmanuel Macron a-t-il bien conscience des risques et des enjeux ?

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Contributeur
Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Les opinions exprimées ci-dessous sont uniquement celles de l'auteur et ne sont en aucune façon celles de Le Politique. Pour la liberté d'expression, vous êtes invités à contribuer au Débat.

L’inquiétude, voici le mot qui vient à l’esprit lorsqu’on réécoute les quelques mots du président de la République Emmanuel Macron concernant la Syrie à l’occasion de son long entretien avec Jean-Pierre Pernaut à Berdhuis (Orne) et diffusé sur TF1 le 12 avril 2018.

Ces quelques mots, ce très court échange de seulement 1 minute et 32 secondes ont probablement déjà été scrutés, analysés et décortiqués par les services spécialisés au premier rang desquels ceux des américains, des russes et des syriens.

Avec à peine 37 mots prononcés par le journaliste Jean-Pierre Pernaut qui l’interrogeait, Emmanuel Macron a listé cinq objectifs principaux dont le cinquième paraît revenir à la politique du « préalable » de son prédécesseur François Hollande à savoir écarter Bachar Al-Assad de la présidence de la Syrie, option que le chef de l’Etat avait pourtant exclu après son élection il y a un an.

Sans aucun parti-pris, un analyste objectif peut s’étonner d’un entretien si court sur une problématique aussi grave qui comporte des risques significatifs non seulement pour la population syrienne mais aussi pour la population française en matière de sécurité nationale mais aussi en termes stratégiques en cas d’intervention militaire française et d’un improbable mais toujours possible dérapage entre occidentaux d’un côté et russes, chinois de l’autre.

A cette heure, rares semblent être les officiers militaires ou du renseignement qui paraissent soutenir une frappe militaire française, certains estimant qu’il est encore prématuré de qualifier la récente attaque à Douma de « chimique » ou encore d’en faire porter la responsabilité au gouvernement de Bachar Al-Assad.

En outre, beaucoup s’interrogent sur « l’après » rappelant que les frappes militaires françaises en Libye sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2011 ont provoqué de nombreux effets indésirables, dont en partie la crise migratoire gigantesque qui se poursuit aujourd’hui.

Il n’est ni pro-Syrien, ni-pro-Russe, ni pro-Américain, ni pro-quoique ce soit, ni partisan de déduire d’une si courte explication présidentielle un possible manque de réalisme, de sang-froid et d’indispensable gravité considérant l’état de tension prévalant actuellement sur la scène internationale.

Voici la retranscription intégrale de l’échange par Le Politique :

Emmanuel Macron : Nous avons la preuve que la semaine dernière, y’a maintenant près de dix jours, des armes chimiques ont été utilisées, au moins du chlore et qu’elles ont été utilisées par le régime de Bachar Al-Assad.

Jean-Pierre Pernaud : Donc à votre avis ligne rouge franchie et vous l’aviez dit qu’il y aurait une intervention, une riposte en tout cas occidentale, vous en avez parlé avec Donald Trump ?

Emmanuel Macron : Oui, tous les jours depuis le début de semaine, nos équipes travaillent très étroitement, nous aurons des décisions à prendre en temps voulu quand nous le jugerons le plus utile et le plus efficace. Mais donc qu’allons-nous continuer à faire en Syrie ? 1) Lutter contre les terroristes jusqu’au bout, ensemble dans la coalition. 2) Nous assurer que le droit international est respecté et donc continuer à la table des Nations unies comme nous l’avons fait de tout faire pour qu’il y ait des cessez-le-feu pour les populations civiles et on l’a déjà à plusieurs reprises montré, et la France depuis le début de semaine s’active. 3) Le droit humanitaire et l’accès humanitaire, aider les ONG à aider les populations sur le terrain dans ce qu’on appelle la Ghouta orientale, demain sans doute à Idlib et à sortir les populations civiles, les enfants comme les femmes, pour ne plus jamais revoir les images atroces de crimes que nous avons vues avec des enfants, des femmes qui étaient en train de mourir étouffés parce que subissant le chlore. 4) Enlever les moyens d’intervention chimique au régime.

Jean-Pierre Pernaud : Donc ce sera la cible d’éventuelles frappes.

Emmanuel Macron : Et 5) Quand nous le déciderons et une fois que nous aurons vérifié toutes les informations et 5) c’est aussi de préparer la Syrie de demain parce que c’est la seule issue qui permettra la paix et donc une transition, un régime libre où toutes les minorités seront représentées.

Notes

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Charles Rault

Charles Rault est analyste et s'intéresse aux questions internationales et politiques.

Une pensée sur “Syrie : Emmanuel Macron a-t-il bien conscience des risques et des enjeux ?

  • 12 avril 2018 à 19 h 12 min
    Permalink

    On voit clairement que cet homme, Président de la France,n’a jamais connu la guerre!
    .En fait cette drnière doit lui servir de tremplin pour s’affirmer comme éventuel chef de l’Europe…i
    Il ne mesure aucunement les conséquence’s que cela peut avoir ..même Trump se montre prudent à présent….c’est dire…. et il n’est pas le seul.
    Car bombarder est facile…mais ensuite que va t’il se passer réellement
    On a vu ce que cela a donné avec Saddam Hussein….mais notre Jupiter n’en a cure….
    Un afflux de réfugiés va t’il avoir lieu en Europe en attendant que celle ci aide à reconstruire leur pays ? Problème important sinon majeur….non envisagé sans doute.
    Combien cela va coûter a notre pays déjà en fort déficit ? Mystère….
    Comment régler une addition qui va être lourde? Re mystère….
    Les retraités vont ils être appelés encore à la rescousse ou c’est tout le pays qui devra contribuer à l’effort ? Personne ne le sait…..
    Pensez vous que les russes vont rester inactifs? La naiveté de notre Président est affligeante…
    Que les américains vont nous laisser tirer les marrons du feu sans intervenir? idem que ci dessus
    Que les autres pays européens vont y aller aussi? Ne rêvons pas….
    Quid des autres pays de la région et de l’Iran notamment?
    Qui va prendre le pouvoir au final en Syrie? Bouteille à l’encre….
    Peut-être des gens qui se retourneront contre nous plus tard….
    L’ambition de notre président est vraiment hors normes…et il est à craindre que ses épaules ne puisent supporter le poids des responsabilités qui découlent d’une guerre…naïveté et inexpérience étant des handicaps rédhibitoires ….dans un projet guerrier.

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