Nos ados ont besoin de plus prévention et de bienveillance!

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Les opinions exprimées ci-dessous sont uniquement celles de l'auteur.

Par Vincent Roger, Président du Comité d’orientation pour la prévention santé des jeunes en Ile-de-France, Vice-Président du CRIPS et Délégué spécial de la région en charge des Jeux Olympiques et Paralympiques.

Que veut dire être un adolescent en France, en 2017 ? Comprenons-nous toujours leur mal être ? Sommes-nous capables de prévenir et détecter tous les éventuels comportements à risques ? Ces interrogations sont cruciales quand on sait qu’à l’adolescence, certains comportements à risque peuvent avoir des conséquences irréversibles.

Les adolescents sont confrontés à des risques et phénomènes qui n’existaient pas dans les années 80 et 90. L’addiction aux écrans est une réalité. De 2003 à 2015, la part des jeunes qui recourent quotidiennement à internet est passée de 23% à 83%. En Ile-de-France, un jeune passe en moyenne 6 heures par jour devant un écran en semaine et 8 heures par jour le week-end. De même, la jeunesse est de nos jours confrontée à la consommation massifiée du cannabis.  A l’âge de 17 ans, un adolescent sur deux a essayé, au moins une fois, de fumer un joint. Les adolescents français sont parmi les consommateurs les plus importants de cannabis au monde. 25% des garçons franciliens de 15 à 25 ans ont une poly-consommation de produits psychoactifs.

A cela s’ajoute que les jeunes sont beaucoup plus soumis au stress qu’auparavant. Stress d’être les enfants de la crise, stress d’être face à un flux continu d’informations et de stimuli jamais connu dans l’histoire de l’humanité, stress par la pression en milieu scolaire et la peur de l’échec. Ces modifications de l’environnement des adolescents sont susceptibles d’avoir un impact lourd alors que l’adolescence correspond à un âge où le cerveau est toujours en construction.

Sans oublier qu’adolescent au début des années 80, nous vivions nos premiers émois amoureux à travers les premiers baisers de Vic et Mathieu dans La Boum. De nos jours un enfant sur deux de moins de 10 ans a vu des images pornographiques. Enormément d’adolescents vivent leur vie amoureuse à travers le prisme des réseaux sociaux, parfois avec des dérives aussi dangereuses que scandaleuses comme le sexting. Tout cela peut être lourd de conséquence sur leur conception de la vie affective et sur leur vision du respect entre les garçons et les filles. Tout cela peut générer des comportements à risque.

Consciente de cette situation, Valérie Pécresse, a installé il y a un an un comité d’orientation pour améliorer la prévention santé des jeunes. Cette instance, constituée d’experts et de professionnels de terrain a procédé à de nombreuses auditions.

De ce travail collectif nous avons tiré quatre convictions. La première est qu’il faut agir plus précocement en matière de prévention pour les jeunes. Beaucoup d’experts nous ont dit « au lycée, c’est déjà trop tard ». La deuxième conviction c’est de faire de l’égalité entre les filles et les garçons le fil conducteur de nos politiques de prévention. La mixité réelle est une source d’équilibre psychologique. Notre troisième conviction est d’inclure dans la prévention la dimension psycho-sociale. Il nous faut avoir une approche globale. Une des erreurs majeures de ces dernières années a été aussi de laisser de côté les parents en voulant s’adresser directement aux jeunes. Les parents doivent être les premiers agents de la prévention. Il faut les y aider.

Il faut les accompagner aussi à combattre le harcèlement dans toutes ses expressions. Il constitue le « poison » de nos cours de récréation au 21ème siècle : parfois à diffusion lente dans les établissements, souvent à propagation immédiate sur les réseaux sociaux. Le cyber- harcèlement peut toucher désormais des enfants dès l’âge de 9/10 ans. Pour enrayer toutes les formes de harcèlement, notre comité recommande une approche globale pour valoriser les défis en groupe, détecter les élèves victimes de harcèlement via des programmes spécifiques – que la région va soutenir – pour l’ensemble de la communauté éducative (Parents, enseignants, mais aussi tous les agents présents à commencer par le personnel de la restauration scolaire) et former par les pairs.

Au total notre comité a émis 43 propositions. En lien étroit avec l’ARS et l’ensemble des acteurs concernés, la Région va élaborer un calendrier de travail en tenant compte des impératifs budgétaires et des compétences de chacun. Le CRIPS, organisme lié à la région, en sera l’opérateur. Avec Jean Spiri, son Président, et Farida Adlani, la Vice-Présidente de la région en charge de la santé, dès 2018 nous proposons de mettre en place des réunions d’information parents sur la prévention santé des jeunes à l’entrée en 6ème. Une expérimentation aura lieu avec le Conseil départemental de l’Essonne. Nous voulons faire du sommeil une question centrale via des campagnes ciblées de sensibilisation ; en effet, nos adolescents dorment moins longtemps et moins bien que les générations passées. Autre sujet important, nous lancerons un appel à des projets innovants pour dépister les maladies mentales chez les plus jeunes. Il y a un vrai retard français en la matière. 75% des maladies mentales se déclarent avant 25 ans et 80% des troubles psychotiques se révèlent entre 15 et 25 ans. Plus on intervient tôt, plus on augmente les chances de guérison.

Sous l’impulsion de Valérie Pécresse, nous voulons faire de l’Ile-de-France la région du bien-être pour tous les jeunes. Nous voulons bâtir, autour de chaque jeune, un collectif protecteur, avec les parents, les professionnels, les associations, qui doit se décliner au niveau de chaque commune. Nous voulons conduire, pour les adolescents, la révolution de la bienveillance.

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Vincent Roger

Vincent Roger est Président du Comité d’orientation pour la prévention santé des jeunes en Ile-de-France, Vice-Président du CRIPS et Délégué spécial de la région en charge des Jeux Olympiques et Paralympiques.

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