Laurent Wauquiez : « Emmanuel Macron ne porte aucune vision pour la France, il est muet! »

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Laurent Wauquiez, président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes et premier vice-président des Républicains (LR), est donné favori pour emporter la présidence du LR en décembre prochain. S’il ne fait pas l’unanimité, surtout médiatique, celui qui affirme n’avoir pas à s’excuser d’être de droite connait une forte popularité parmi les électeurs quelque peu déboussolés depuis les défaites aux élections présidentielle et législative.

Ancien ministre de Nicolas Sarkozy et ancien député, Laurent Wauquiez estime que « vouloir plaire à tout le monde » n’a résulté qu’en « débâcle » et qu’errer « dans le marigot de la pensée unique » a fait perdre son âme à la droite. Appelant à une « voix claire » et au « renouvellement, » il attaque frontalement Emmanuel Macron qu’il décrit comme « le porte-voix d’une d’élite complètement déconnectée des réalités » et s’insurge de son mépris contre ceux qui ne seraient « rien. »

Le jugeant « muet » sur ce qui inquiète le plus les Français, Laurent Wauquiez estime que le président de la République « n’a pas pris la mesure de ce qui se passe en France, » et s’inquiète des « nombreuses défaillances » de la nouvelle loi anti-terroriste. Avec ce ton direct et cette pugnacité qui le caractérisent depuis longtemps, Laurent Wauquiez a répondu ci-dessous à trois questions de Le Politique :

Interview

Questions posées à Laurent Wauquiez par Charles Rault pour Le Politique.

1) Vous êtes actuellement le favori de l’élection à la présidence des Républicains (LR). Si vous êtes donc populaire parmi les électeurs, vous l’êtes moins parmi les « ténors » qui vous reprochent de trop glisser vers la droite, voire l’extrême droite. Pourtant, la droite semble souvent bien trop gentille face à des adversaires sans scrupule. Face à l’inégalité médiatique, face aux procès d’intention, face aux polémiques opportunes, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs pourquoi vous seriez l’homme capable de reconstruire la droite et de gagner l’alternance ?

Depuis le Général De Gaulle traité de dictateur par François Mitterrand, à Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy désignés comme des  fascistes, les responsables de notre famille politique ont bien souvent été caricaturés. C’est une vieille ficelle de la gauche bien-pensante et du politiquement correct. Pour eux, être à droite, c’est déjà être trop à droite. Le mérite, le travail, l’autorité, la lutte contre le communautarisme, la responsabilité, la nation ne sont pas simplement des valeurs de droite : ce sont les valeurs centrales de la France.

Ces dernières années, notre  famille politique a trop souvent mis un voile sur ses convictions profondes en voulant plaire à tout le monde. Avec quel résultat ? La débâcle. Les Français ne veulent pas d’un filet d’eau tiède. Ils n’attendent pas de la droite qu’elle en dise moins mais qu’elle en fasse plus. Quand on est de droite, on n’a pas à s’en excuser. Ça, c’est la stratégie employée par ceux qui ont trahi notre famille pour des postes. La droite de retour, c’est avant tout la droite qui assume ses valeurs. Alors évidemment, quand on ne répond pas aux standards du politiquement correct, on est attaqué. Mais les militants de notre famille politique ne sont pas dupes, ils constatent que je ne recule pas devant les attaques, et j’espère qu’ils m’apporteront leur confiance au mois de décembre.

Mon obsession aujourd’hui, c’est de rassembler : c’est à mon sens la première des conditions pour refonder la droite. Je l’ai fait dans la ma Région Auvergne-Rhône-Alpes, je le fais pendant cette campagne. Des personnalités d’horizons très divers m’ont rejoint : Virginie Calmels, mais aussi Damien Abad, Jean-Claude Gaudin qui sont issus de la famille centriste, Guillaume Peltier ou Christian Jacob et bien d’autres. Je  veux que chacun vienne mettre ses qualités au service  de notre famille politique. Nous ne sommes pas d’accord sur tout, mais nous sommes d’accord sur l’essentiel, nous sommes d’accord sur l’ADN de la droite.

Je veux que chacun puisse exprimer librement son point de vue à l’intérieur de notre mouvement, mais je veux aussi que notre parti retrouve une voix claire, une colonne vertébrale solide et qu’on arrête de se perdre dans le marigot de la pensée unique. Nous y avons perdu bien plus que des élections. Nous y avons perdu notre âme. L’autre condition, c’est de renouveler. Notre formation ne manque pas de talents dont beaucoup ont  émergé lors des dernières municipales. Ils connaissent l’exigence d’une élection, ils sont en phase avec le terrain, en prise directe avec les réalités. Je souhaite, si je suis élu,  mettre en avant leur énergie et leurs compétences pour nourrir le débat de la refondation.

2) Emmanuel Macron et ses 340 députés ont profondément modifié la scène politique nationale. Après ses victoires aux élections présidentielle et législative, En Marche (LREM) a été sévèrement contenue par une victoire LR au Sénat. Un nombre significatif de Français juge toujours « flou » le programme du nouveau président de la République. Jugeriez-vous les sénatoriales comme la première pierre de la « refondation » ? Quel regard portez-vous sur ce début de quinquennat et les grandes orientations (fiscales, économiques notamment) d’Emmanuel Macron ?

Ce que l’on voit aujourd’hui, c’est qu’Emmanuel Macron est le porte-voix d’un système technocratique refermé sur lui-même, d’une d’élite complètement déconnectée des réalités. Sur la violence, sur l’insécurité culturelle et sociale, sur l’islamisme, sur l’agriculture, sur le déclassement de la France périphérique et sur bien d’autres sujets essentiels, il est muet. Ce n’est pas une posture politique de sa part. C’est bien plus grave. Ces thèmes lui sont accessoires, alors il les esquive. Emmanuel Macron ne porte aucune vision pour la France. Il n’en avait pas exprimé pendant la campagne, il ne l’a pas fait davantage depuis son élection.

En réalité, ce président a un problème avec l’idée même de nation : il nous parle de nation start-up ou de nation européenne, mais jamais de nation française. Il est fasciné par la mondialisation dont il a épousé tous les codes. Au fond, il ne croit plus vraiment à la France, cette vieille nation pas assez grande, pas assez ouverte, pas assez « moderne ». Ce président a également un problème avec les classes moyennes, ces « gens qui ne sont rien » comme il dit avec mépris. Sa vision de la société transparait d’ailleurs dans sa politique fiscale. Ceux qui travaillent, et notamment les classes moyennes qui donnent toujours tout mais ne reçoivent jamais rien, sont la cible de ses arbitrages.

Plus de CSG, plus de taxes, plus d’impôts. Un exemple est frappant, l’augmentation du prix de l’essence. Sur qui cette mesure va-t-elle peser ? Sur tous ceux qui tous les matins n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler, ceux qui n’ont pas une station de métro ou de bus devant leur porte. Le pire est qu’il demande des efforts aux Français mais ne s’applique pas ces efforts-là. La quasi-totalité des ministères vont augmenter leurs dépenses. Dans le même temps, ce sont 13 milliards d’euros qui sont ponctionnés aux  Français à travers le budget des collectivités locales et donc sur les habitants de ce pays. Les élections sénatoriales ont démontré que nos élus ne sont pas dupes de ce qu’est en train de faire Emmanuel Macron.

3) Depuis janvier 2015 et la tuerie de Charlie Hebdo, le terrorisme islamiste envahit régulièrement l’actualité et malgré les efforts courageux des effectifs en charge de notre sécurité, beaucoup de Français ont le sentiment que l’Etat est dépassé et n’est plus en mesure de traiter efficacement la menace. Pire, la défiance citoyenne s’accroît vis-à-vis de l’Etat. Dans ce climat acrimonieux et angoissant, que proposez-vous pour « vaincre » le terrorisme et non comme l’avait déclaré Emmanuel Macron pour « s’y habituer » ? Qu’est-ce qui n’a pas été fait jusque-là et qui pourrait sensiblement changer la donne ?

Emmanuel Macron n’a pas pris la mesure de ce qui se passait en  France. En matière de sécurité, Emmanuel Macron, c’est un peu le mariage de Séguéla et de Taubira : de la com’ et de l’idéologie. Alors que les attentats se multiplient, il entend desserrer l’étau en allégeant la présence de nos militaires tout en réduisant le budget de nos Armées après avoir fait une photo dans un sous-marin nucléaire. La communication ne fait pas une politique. Le projet de loi qui vient d’être présenté compte de nombreuses défaillances : dans certaines conditions, les fouilles de véhicules ne seront plus possibles sans l’autorisation du conducteur. C’est tout de même hallucinant alors même que l’on se dit en guerre contre le terrorisme !

L’assignation à résidence disparaît. Un suspect ne sera plus obligé de rester chez soi, il sera simplement assigné à résider dans sa ville, en toute liberté… Les suspects assignés n’auront plus systématiquement l’obligation de pointer chaque jour au commissariat. On ne pourra même pas fermer des lieux de prière qui prêchent la haine. La question des fichés S pour radicalisation n’est par ailleurs pas traitée. Pas plus que celles des prisons. Et ne parlons pas de la lutte contre les djihadistes ou le salafisme, totalement absents de ce texte.

Avec Eric Ciotti et Guillaume Larrivé, nous avons souhaité porter des propositions fortes : l’internement préventif des fichés S les plus radicalisés par exemple. Les préfets doivent pouvoir procéder à des internements préventifs comme cela existe pour les malades psychiatriques. Parallèlement, les personnes fichées ne doivent plus pouvoir accéder à des emplois jugés sensibles, à la SNCF, dans les aéroports, les usines chimiques. Aujourd’hui, une personne identifiée comme radicalisée et dangereuse peut même travailler dans une école! Il faut aussi instaurer un délit de non-signalement pour rapprochement avec des réseaux intégristes et terroristes.

En France, un suspect terroriste passe au maximum 6 jours en garde à vue. En Angleterre, c’est 28 jours. Je demande donc des gardes à vue jusqu’à 30 jours. Il faut aussi créer une unité spéciale de la garde nationale composée d’anciens policiers, gendarmes, militaires formés aux techniques d’intervention. Ils pourront porter leur arme dans la vie quotidienne. Contre le prosélytisme en prison, il faut un isolement total des détenus condamnés pour des affaires en lien avec le terrorisme. On ne peut plus déterminer notre politique d’incarcération en fonction du nombre de places de prison. Nos services de renseignement doivent aussi pouvoir utiliser et croiser tous les fichiers pour devenir plus efficaces: véhicules, assurances, détention d’arme…

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Une pensée sur “Laurent Wauquiez : « Emmanuel Macron ne porte aucune vision pour la France, il est muet! »

  • 10 octobre 2017 à 16 h 03 min
    Permalink

    Pour appliquer ce que propose Wauquiez IL faut d abords gagner en reprenant leprogramme Fillon remis au goût et aux nécessités actuelles :baise des charges sur les salaires « importantes » basé »sur un partage entre employés et employeurs en expliquant les avantages celle ou celui qui osera aura toutes les chances de gagner en 2022 et mettre en place denouvelles lois c est trop simple pour des « énarques ».

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