Alain Houpert : « La lutte contre le terrorisme reste, encore et toujours, le renseignement »

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Alain Houpert, sénateur de la Côte-d’Or (Bourgogne-Franche-Comté) depuis septembre 2008 et membre du groupe Les Républicains (LR) du Sénat, s’intéresse de près à la problématique terroriste. Suite au vote récent à l’Assemblée nationale de la nouvelle loi antiterroriste, M. Houpert l’estime insuffisante et la qualifie « d’assemblage » considérant qu’elle donne des gages à deux parties qui se contrediraient.

Aux mots de « guerre contre le terrorisme » si souvent répétés par les membres de l’exécutif depuis novembre 2015 et le massacre islamiste au Bataclan, Alain Houpert considère qu’ils requièrent donc « des réponses adaptées. » A la question de savoir si en installant par exemple des plots en béton dans nos villes ne lutte-t-on pas à l’envers contre le terrorisme, M. Houpert répond que si ces dispositifs sont nécessaires, ce ne sont pas quelques tonnes de béton qui cesseront les attaques de l’Etat Islamique (EI).

En matière politique et notamment concernant les collectivités locales, le sénateur exprime sa vive inquiétude quant à la mise à mal de la décentralisation. La détresse est grande parmi les élus locaux qui « sont la trame sur laquelle s’appuie le tissu de notre pays » insiste Alain Houpert qui a répondu à trois questions de Le Politique :

Interview

Questions posées à Alain Houpert par Charles Rault pour Le Politique.

1) Ancien auditeur de l’IHEDN (2010-2011), vous avez publié récemment une tribune intitulée Terrorisme : et si l’on regardait vers Israël ? Plutôt que de capacités juridiques, le renseignement et l’antiterrorisme ne manquent-ils pas plutôt d’analystes et de capacités opérationnelles ? Que font et qu’envisagent Les Républicains (LR) au Sénat pour enfin vaincre le terrorisme ?

La loi anti-terroriste approuvée en première lecture à l’Assemblée nationale, qui vient se substituer à l’état d’urgence, me paraît insuffisante puisqu’à l’image de la ligne politique prônée par Emmanuel Macron, elle donne des gages aux tenants d’une ligne anti-terroriste dure en même temps qu’aux défenseurs des droits de l’homme… Quelle efficacité peut-on accorder à un tel assemblage ?

Or après l’attentat déjoué à Paris, Gérard Collomb nous a assuré que la France était « toujours en état de guerre ». A état de guerre, ayons des réponses adaptées ! Je suis en effet de ceux qui estiment qu’à cet égard, Israël a des leçons à nous apprendre. Et la plus essentielle est celle-ci : la clef de la lutte anti-terroriste est le renseignement.

J’ai été très impressionné par les dispositifs de prévention qui entourent les lieux sensibles comme l’aéroport Ben Gourion, mais plus encore par les ressources humaines mises en place pour la cyber-détection du terrorisme : des jeunes gens hautement qualifiés qui se déplacent sans effort dans le web ou le deep web, capables de comprendre la psychologie des terroristes, de décrypter et de pénétrer leurs réseaux, et d’anticiper les attaques. Je ne peux m’engager sur les orientations du groupe LR au Sénat mais pour ma part, je soutiendrai sans réserve toute initiative qui vise à renforcer nos capacités dans ce domaine.

2) Considérant la présence accrue de dispositifs de sécurité parfois mal vécus à l’instar des plots en béton installés par centaines lors de la braderie de Lille, ne lutte-t-on pas à l’envers contre le terrorisme en traitant la menace à l’intérieur plutôt qu’en la contenant à l’extérieur de notre territoire, en traitant les effets plutôt que les causes ?

Récemment, le chercheur Ludovic Jeanne écrivait sur le site The conversation un article intitulé Fortification ou tactiques de proximité : quel modèle de sécurité face aux menaces terroristes ? Il y écrivait fort justement à propos notamment de ces moyens dont vous parlez (plots, barrière anti-voiture bélier au pied de la Tour Eiffel etc) : « Nous ne devrions pas traiter les problèmes de sécurité publique de ce genre comme des réactions plus ou moins nécessaires mais comme des interactions. » Cela sous-entend qu’il ne faut plus se contenter de subir puis de répondre aux attaques mais de les anticiper au maximum.

Certes ces dispositifs sont nécessaires mais l’organisation de l’État Islamique va-t-il cesser les attaques sur notre sol par la grâce de quelques tonnes de béton ? Non ! Une de ses forces est justement d’être mouvant, et de savoir s’adapter pour prôner de nouveaux « modèles » d’attentat afin de passer outre ces moyens mis en place, pour pouvoir revendiquer ensuite les attaques comme ce fut le cas pour le double assassinat au couteau à Marseille il y a quelques jours. Il serait illusoire de prétendre contenir la menace à l’extérieur de notre territoire puisque les auteurs d’attentats, que l’on parle de Mohammed Merah, Amedy Coulibaly, les frères Kouachi pour ne parler que d’eux étaient soit français, soi bi-nationaux, mais surtout ont grandi sur notre sol !

A nous de nous interroger sur ce qui a poussé ces individus à se radicaliser et à tuer au nom d’une foi dévoyée. A ce titre, et même si je ne partage pas toutes ses conclusions, les travaux de l’ethnopsychiatre Tobie Nathan me paraissent importants. Mais en attendant de trouver les moyens de détourner ces jeunes gens de la voie de l’assassinat, la lutte contre le terrorisme reste, encore et toujours, le renseignement. C’est la clef. C’est seulement ainsi qu’au lieu de subir le terrorisme, nous l’attaquerons à notre tour.

3) Après la relative Macronmania des élections présidentielles et législatives, les Républicains (LR) ont conforté leur majorité au Sénat et vous avez applaudi « le bons sens (et) la clairvoyance » des grands électeurs. D’ici au moins 2022 – sauf en cas de dissolution – et face à En Marche (LREM), avez-vous des priorités politiques ? Quelles sont pour Emmanuel Macron les lignes à ne pas franchir ?

Ma priorité sera celle qui a guidé mon engagement au Sénat : la défense des territoires. Je suis élu d’un département où la fracture entre la métropole urbaine (Dijon) et les campagnes se fait de plus en plus béante. Or l’État qui délègue aux collectivités le soin de faire vivre ces territoires en redistribuant les compétences lui retire dans le même temps les moyens d’assurer cette mission. Le gouvernement Hollande avait déjà bien mis à mal la décentralisation par la loi NOTRé, celui d’Emmanuel Macron l’achève en réclamant aux collectivités encore et toujours plus de sacrifices. Ce n’est plus tenable !

Les Régions viennent de quitter avec fracas la Conférence des Territoires, les Départements se demandent comment assurer la seule compétence qui leur reste – le volet social – tandis que sur le terrain, les élus des communes et communautés de communes n’en peuvent plus. Comment répondre à la détresse de ces élus locaux ? En tant que Sénateur, mon mandat est assez simple : la réforme oui, mais pas à n’importe quel prix et surtout pas en saignant encore des collectivités locales déjà exsangues.

Les bilans financiers sont une chose, mais il faut bien avoir conscience que les élus locaux, au niveau des communes, des Départements et des Régions sont la trame sur laquelle s’appuie le tissu de notre pays. Ce sont vers eux que se tournent les agriculteurs au bord du suicide, les familles sans emploi, les personnes âgées sans ressources, c’est sur eux que se bâtit l’avenir au travers des écoles, des collèges et des lycées. Mon mandat, c’est de ne pas laisser détruire tout cela.

Photo d’Alain Houpert © Frédérique Touitou

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