Olivier Marleix : « Utilisons le droit de tirage pour une Commission d’enquête sur Alstom »

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Olivier Marleix, député de la 2ème circonscription d’Eure-et-Loir depuis 2012 et ancien conseiller du président Nicolas Sarkozy en charge des collectivités locales, s’est engagé en politique en 1989 et a soutenu l’ancien premier ministre Edouard Balladur en 1995. Ancien président des jeunes Gaullistes sociaux de 1995 à 1997, il fut aussi conseiller général de 2008 à 2014 ainsi que maire d’Anet jusqu’au 23 septembre dernier.

Il a soutenu Nicolas Sarkozy pendant la primaire Les Républicains (LR) en 2016 et été orateur national sur les questions de l’identité. Spécialiste des territoires, Olivier Marleix dénonce l’hypocrisie de l’Etat dans ses relations avec les élus locaux et estime que le président Emmanuel Macron « n’a aucune idée de (leur) réalité. » Parrain de Laurent Wauquiez pour son élection à présidence LR, M. Marleix estime que ce dernier partage avec Nicolas Sarkozy une même énergie (et) liberté de penser et insiste sur sa capacité à « nous réenraciner ».

Plus important, Olivier Marleix demande à que le groupe Les Républicains (LR) de l’Assemblée nationale utilise le droit de tirage pour une commission d’enquête sur Alstom. Appelant clairement à « lever le mystère » sur ce dossier ultra-sensible, Olivier Marleix a répondu à trois questions de Le Politique :

Interview

Questions posées à Olivier Marleix par Charles Rault pour Le Politique.

1) En 2007, vous avez été le conseiller en charge des collectivités locales auprès de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était président de la République. Alors que Les Régions viennent de quitter la Conférence des territoires, l’inquiétude grandit quant à la continuité financière des collectivités locales et certains craignent même la disparition des départements. Dans ce contexte qu’est-ce que vous et vos collègues LR de l’Assemblée pouvez faire pour empêcher ce démantèlement qui ne dit pas son nom ?

Les élus locaux ne supportent pas cette hypocrisie : l’Etat laisse filer les déficits (+ 7 Mds € encore en 2018) mais demande aux collectivités 13 Mds € en 5 ans. Quand on veut jouer les vertueux on montre l’exemple, sinon on est un tartuffe. L’autre hypocrisie c’est l’étranglement : les communes ont en moyenne assumé une baisse de 20 % de leur DGF, pour celles qui n’ont pas de recette de fiscalité économique, ou très peu comme les communes rurales, c’est un étranglement assuré.

Les plus grosses pourront toujours s’en sortir, mais les dépenses des petites communes sont incompressibles, elles se limitent souvent à l’école, au contingent incendie. Des économies sur l’école ça veut dire quoi ? couper le chauffage ? Quand ces petites communes n’auront plus de quoi équilibrer leur budget, les élus laisseront tomber. Le gouvernement ferait mieux d’agir franchement et de dire qu’il veut supprimer les petites communes !

Le pire, c’est que je pense qu’ils ignorent en grande partie la réalité de ces conséquences. Macron n’a aucune idée de tout ça. S’il connaissait les communes rurales, il n’aurait pas annoncé le blocage des contrats aidés 15 jours avant les sénatoriales ! Quant aux départements, ils constituent la dernière armature d’un monde rural trop négligé par l’Etat. Tous ceux qui ont voulu leur suppression y ont renoncé face au constat qu’on ne savait pas faire sans eux.

2) La fusion entre Alstom et Siemens suscité beaucoup de réactions politiques et syndicales, pour la plupart négatives. Le dossier Alstom n’est pourtant pas récent puisque la branche énergie a été vendue dans des conditions discutables à General Electric (GE) en 2014. Soutenez-vous l’idée d’une commission d’enquête et sauriez-vous expliquer à nos lecteurs les raisons qui, selon vous, participent du dépeçage de l’industrie stratégique française ?

Oui, je souhaite clairement que les Républicains fassent jouer leur droit de tirage pour obtenir une Commission d’enquête. Personne n’a jamais compris pourquoi Alstom avait été démantelé dans la précipitation en 2014. Il faut lever le mystère. Ensuite, aucun des engagements annoncés à l’époque n’a été tenu : Général Electric a purement et simplement absorbé Alstom en nous faisant perdre rien de moins que notre capacité à fabriquer des centrales nucléaires de façon autonome. Ce n’est pas un petit sujet ! C’est 50 ans de la stratégie nucléaire décidée par le Gal de Gaulle qui passent par pertes et profits !

Quant à la branche transport qui devait être le lot de consolation, avec un « géant européen », finalement ça sera un géant allemand ! En 2014 il y a eu des lettres d’engagement prise devant l’Etat. Que disaient-elles ? Le décret Montebourg avait eu le mérite d’imposer l’Etat au tour de la table. Mais après, avons-nous seulement cherché à défendre nos intérêts nationaux ?

Il faut une commission d’enquête pour analyser les raisons de ce fiasco. Les grandes raisons et les moins grandes… Cela ne doit plus se reproduire. Nous devons nous armer dans la mondialisation ; là où nos capacités capitalistiques sont insuffisantes, nous devons utiliser le droit. Nos amis américains le font de façon très efficacement avec le CIFIUS, sous contrôle du Congrès. Chez nous, les intérêts de la France semblent se discuter dans un « entre-soi » indigne des intérêts stratégiques de la France.

3) Dans un livre intitulé Sarkozy -La vérité, c’est maintenant ! que vous avez publié en 2014, vous invitiez vos lecteurs à se « repencher, avec sérénité, sur ce qu’a fait Nicolas Sarkozy, « l’homme de la rupture. » Vous venez de parrainez Laurent Wauquiez pour sa candidature à la présidence des Républicains (LR), pouvez-vous nous expliquer pourquoi et s’il a, au fond, les mêmes qualités que Nicolas Sarkozy ? Que répondez-vous à ceux qui l’estiment trop « clivant » pour gagner un jour l’alternance ?

A l’évidence ils ont en commun l’énergie ! Et en politique, dans ce monde devenu si complexe, c’est une condition indispensable. Pour reconstruire la droite, il va en falloir. Sérieusement, qui d’autre ? Ils ont en commun aussi de subir la caricature ! Pourtant, la thèse de mon livre c’est que Sarkozy a sans doute été l’homme d’Etat le plus original, le plus ouvert aux idées des autres, que nous ayons connu ces trente dernières années.

Laurent a à la fois des convictions, des valeurs très solides, et cette même liberté de pensée. Je ne me fais aucun doute sur sa capacité, une fois élu, non seulement à rassembler, mais à emmener tout le monde dans la construction d’un projet nouveau pour la France. Nous ne convaincrons pas les Français de nous faire confiance parce que nous serons davantage les héritiers de telle ou telle vieille sensibilité politique mais parce que nous aurons des réponses à leurs questions : pourquoi est-ce qu’en travaillant on ne s’en sort pas à la fin du mois ?

Pourquoi est-ce qu’on sait vous punir quand vous roulez à 70 au lieu de 50, mais que tant de non-présentations d’enfants, de cambriolages, et d’escroqueries sont classées sans suite ? Est-il illégitime de vouloir réduire les flux migratoires ? Pourquoi tout ferme dans le monde rural quand le monde urbain bénéficie d’investissements publics colossaux. Ils sont là les vrais clivages ! Laurent parle à tous les Francais, aussi à ceux qu’on a perdus. Depuis 30 ans, notre famille politique s’est à la fois embourgeoisée et technocratisée. Laurent est capable de nous réenraciner.

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